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1.12.2008

Le droit de grève


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greve


La grève, un "pouvoir arbitraire" des syndicats?

La grève, c’est d’abord une liberté fondamentale (au même titre que la liberté d’expression et la liberté d’association, elle est reprise dans la Charte sociale européenne). Le travailleur a le libre choix de faire grève pour faire entendre ses revendications.

Le Comité européen des droits sociaux a condamné la Belgique en disant que les interventions des tribunaux de 1ère instance sur base d'une requête unilatérale sont une atteinte au droit de grève.

La grève n’est pas un objectif en soi.

La décision de faire grève, en tout cas à la CSC, n’est pas prise à la légère:
  • La CSC décide de faire grève quand tous les autres moyens de pression et de négociation ont été utilisés, la grève est "l’arme ultime".
  • Cette décision est prise démocratiquement à partir de la demande des affiliés et militants: les délégués informent et consultent les travailleurs de leurs entreprises. Evidemment, c’est la majorité qui l’emporte: l’ensemble du syndicat se rallie à la décision collective. Comme les syndicats sont représentatifs de tous les travailleurs, cette décision est valable pour tout le monde.
  • Cette décision n’est pas prise individuellement, une grève doit être reconnue par le syndicat, notamment pour verser l’indemnité de grève aux grévistes.


Les piquets de grève sont-ils illégaux?

Les piquets, les blocages des routes, des zonings… sont des moyens d’actions liés à la grève. Ils sont généralement utilisés pour informer et sensibiliser les travailleurs mais aussi le grand public aux enjeux et revendications que les syndicats défendent. Ce moyen est aussi utilisé par d’autres acteurs comme les routiers, les agriculteurs...

Les piquets font partie intégrante du droit de grève (selon l’OIT et la Charte sociale européenne). C’est un élément lié à la grève pour autant qu’il n’y ait pas de violence ou de voies de faits.

La présence de piquets permet aux travailleurs de ne pas se mettre en position de vulnérabilité (ex.: CDD et intérimaires, cadres…).

 

La grève nuit au "droit au travail" quand des gens sont empêchés de travailler?

Le débat est mal posé, le droit de grève est un droit collectif (on ne fait pas grève tout seul), le droit au travail est un droit individuel. Le droit de grève est utilisé pour défendre des revendications collectives (maintien de l’emploi, augmentation du pouvoir d’achat…), manifester une solidarité collective (licenciement jugé injuste d’un collègue…). Dans le cas d’une grève pour la défense de l’emploi, la revendication d’un non gréviste de défendre son droit au travail signifierait que ce non gréviste abandonne sa capacité à défendre son emploi.

Il faut envisager la grève dans le contexte global. Qu’en est-il du droit individuel au travail que les employeurs brandissent à l’occasion des grèves quand eux-mêmes décident de délocaliser leur entreprise, de licencier du personnel…?

Le principe de l’action syndicale et donc des actions de grève est celui de la solidarité entre les travailleurs et les allocataires sociaux quel que soit leur secteur, leur région et leur statut. C’est dans cet esprit qu’une action de grève est organisée. D’ailleurs, les acquis obtenus après une grève sont bénéfiques pour tout le monde (grévistes et non grévistes, syndiqués et non syndiqués).

La grève cause des nuisances au niveau individuel mais aussi collectif (personnes qui doivent assurer la garde de leurs enfants, bouchons…). Ces nuisances sont très visibles mais sont limitées. Que pouvons-nous dire des nuisances causées actuellement par l’irresponsabilité de certains financiers?

Si on demande à un client qu’un magasin doit être ouvert à l’heure où il a besoin de faire ses courses, il dira oui. Si on lui demande si c’est normal de se battre contre un employeur qui engage des collègues avec un salaire plus bas de 30% il dira oui aussi parce que demain ce sera peut-être aussi son tour.

 

Et si le droit de grève n’existait pas?

Sans droit de grève (et sans syndicat), la voie serait ouverte à un marché complètement libéralisé et dérégulé (mise en concurrence des travailleurs, conditions de travail et de salaire au rabais, licenciements sur le champ généralisés, inégalité salariale démesurée, pressions fortes sur la productivité …). D’après certains, "tout le monde s’en porterait mieux". La crise financière montre que "tout le monde" est en fait "quelques-uns".

 

La grève inutile, ringarde?

A l’heure actuelle la grève reste le moyen d’action le plus important même s’il peut paraître désuet ou ringard : elle touche directement au pouvoir économique, elle "permet de rappeler" que sans les travailleurs, l’économie ne peut pas fonctionner, elle permet de rééquilibrer les relations entre le pouvoir économique, politique et les travailleurs. Des actions plus ludiques sont sûrement plus sympathiques, parfois même plus médiatiques mais elles sont moins porteuses en termes de résultats.

 

La grève violente, irresponsable?

La grève a des limites, les syndicats ne sont pas des terroristes: elle n’impose jamais des coupures d’électricité, l’abandon de patients, chantage à l’environnement… Les prestations vitales doivent être assurées.

Il arrive qu’il y ait des "prises d’otage", souvent quand un employeur décide de fermer une entreprise unilatéralement du jour au lendemain. Dans ce cas là, la grève ne permet pas de rééquilibrer le rapport de force, de plus la charge émotionnelle est très forte dans ces moments là. D’un autre côté, il ne s’agit pas de réelles prises d’otages ou de kidnappings: il n’y a pas de violences contre les personnes, on ne les enferme pas dans des caches…

 

Y a-t-il de plus en plus de grèves?

Il y a de moins en moins de grèves en Belgique alors qu’elles sont de plus en plus médiatisées. En Europe, ce sont les pays sans syndicats représentatifs qui comptent le plus de jours de grève.

 

Pourquoi, au lieu de faire grève, les chauffeurs de train et de bus ne laissent-ils pas les passagers entrer gratuitement?

Le problème, c’est qu’il n’y a pas de jurisprudence et que les travailleurs sont menacés de ne pas être couverts en cas d’accident de travail, de problème avec un usager… s’ils pratiquent ce type d’action.

 

La grève devrait-elle être plus réglementée?

Certains responsables politiques et patronaux veulent davantage règlementer le droit de grève mais la démarche juridique ne correspond pas à la manière dont les conflits sociaux se gèrent et se résolvent:
  • Dans une procédure judiciaire, les conflits sont résolus par un tiers et pas par les parties concernées. Employeurs et travailleurs ont besoin les uns des autres, ils devront continuer à se supporter après le conflit: la marge la plus large possible doit être laissée à la négociation.
  • Un jugement "termine" une affaire. Les conflits/relations sociales ne sont pas limité(e)s (ils/elles se règlent sur la durée, des questions nouvelles apparaissent…) et n’ont pas pour objet uniquement des faits invocables en justice.
Plus une société est civilisée, plus elle aborde les conflits sociaux de manière adulte. Pour la CSC, gérer les conflits de manière adulte, est justement parvenir à un compromis librement consenti et assumé par les parties au lieu de devoir faire appel à un tiers arbitre tel un surveillant dans une cour de récréation.

 

Les syndicats sont-ils responsables des actes des grévistes?

Le droit de grève existe indépendamment des syndicats et ceux-ci n’ont pas l’autorité d’un commettant sur un préposé sur les grévistes: le syndicat n’est pas qu’un "appareil", c’est aussi une coalition de travailleurs.

 

Les grévistes et les militants syndicaux sont-ils payés?

Les travailleurs en grève ne sont pas payés, ils reçoivent une indemnité de 20 euros par jour de leur syndicat.
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