La grande grève des femmes-machines

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Voici 50 ans, les ouvrières de la Fabrique Nationale de Herstal, la FN, partaient en grève. Leur conflit a été long et difficile.  Elles ont permis d’avancer et ont ouvert la voie à des revendications toujours d’actualité. 
«La grève des femmes de la FN doit être commémorée car ce combat nous rappelle que l'action syndicale et la solidarité des travailleuses et des travailleurs peut modifier le cours des événements. Leur combat a été très courageux, très important aussi. Mais il ne faudrait pas se limiter à une évocation historique, aussi intéressante soit-elle. Il faut aussi l’ouvrir de la manière la plus large à l’actualité et montrer le lien avec les combats syndicaux d’aujourd’hui» affirme Béatrice Louviaux avec conviction. Secrétaire principale de la CSC METEA Liège-Verviers, elle est aussi la première femme à diriger une province de la centrale du métal et du textile. Cet anniversaire la concerne donc tout particulièrement.
A l’époque, on parlait de «femmes machines». Les conditions de travail ont évolué, sans être devenues pour autant idéales…
En effet! A l’époque, les ouvrières devaient suivre le rythme effréné des machines. Aujourd’hui, dans d’autres contextes, avec des entreprises plus modernes, nous connaissons à nouveau une pression énorme sur les travailleuses et les travailleurs. Là où il y avait autrefois cinq voire dix personnes, il n’y en a plus qu’une ou deux aujourd’hui… Et les travailleurs doivent s’y plier. ACV-CSC METEA est convaincue de l’importance d’une industrie de production pour le développement de notre société. Mais il ne faut jamais oublier que le moteur d’une entreprise, ce sont d’abord des hommes et des femmes. L’entreprise doit donc être un «bien commun» bénéfique pour tous, ce qui passe par un renforcement du dialogue et du consensus social.
Quelles sont aujourd’hui les revendications des ouvrières de la FN qui sont toujours d’actualité? 
D’abord, la revendication «A travail égal, salaire égal». Grâce au combat des femmes de la FN puis des syndicalistes qui ont continué cette lutte, il y a eu des évolutions positives. Mais    le combat est loin d’être gagné puisque l’écart salarial reste une réalité dans notre pays.
Ensuite, l’accès à la formation. Les femmes machines n'avaient pas accès à la formation professionnelle, ce qui leur barrait toute possibilité d'évolution. Aujourd’hui, l’apprentissage tout au long de la vie est un mot d’ordre de l’Union européenne largement relayé par les entreprises qui veulent toujours des niveaux de qualification plus élevés. Mais dans les faits, la formation continuée est souvent réservée aux personnes déjà les plus qualifiées. Le rythme effréné, sous d’autres formes, est encore d’actualité avec la précarité d'emploi, le stress, les pressions diverses, les nombreux burn out,… La difficulté de concilier vie professionnelle et vie familiale concerne tant les hommes que les femmes.  
Pourtant, le rôle des organisations syndicales est attaqué et certains tentent plus que jamais de le mettre à mal… 
En 1966, les femmes de la FN ont forcé l’adhésion syndicale. Elles ont réussi à rallier les hommes à leur cause, ce qui a renforcé leur combat. «Ensemble, on est plus fort» est bien plus qu’un slogan. C’est pourquoi certains veulent détruire les organisations syndicales. Elles sont indispensables pour continuer le combat contre toutes les discriminations (genre, l’âge, l’origine, les convictions, la santé…). 
Notre centrale mène ce combat avec l’ensemble des militants. Nous réfléchissons ensemble aux alternatives à porter et aux actions à mener pour y parvenir. Notre devise: «Réfléchir, agir, avec bon sens». Car réfléchir sans agir, ça n’a pas de sens. Mais agir sans réfléchir, c’est un non-sens.
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Opinions CSC - Femmes en colère