Trouver un (vrai) emploi, quelle galère!

Des sans-emploi témoignent, chômeurs ou futurs ex-chômeur. Certains, vont bientôt grossir les rangs des CPAS. D’autres s’accrochent à l’espoir, souvent déçu, d’une vie enfin meilleure…  
Sébastien : « Je vais avoir 33 ans et je serai bientôt exclu du chômage. Pourtant, ce n’est pas faute d’avoir essayé. A croire que le marché de l’emploi ne veut pas de moi. Je suis sorti de l’école en 2003. J’ai fait mes études secondaires en gestion et comptabilité. J’ai ensuite décidé de faire des études supérieures, toujours dans le même domaine. Mais des événements d’ordre privé m’ont fait rater ma 1ère année, et je me suis arrêté au cours de la 2ème. De là, j’ai été m’inscrire au Forem de Liège
Lorsqu’en 2007, ma petite amie de l’époque, devenue ma femme aujourd’hui, m’annonce qu’elle est enceinte, j’entreprends une formation en comptabilité au Forem. Depuis, j’allais être très souvent en formation: de 2009 à 2011 en bachelier compta en promotion sociale, de 2011 à 2012 en informatique et techniques bureautiques dans un organisme de formation à Verviers, en 2013 comme opérateur entrepôt à Liège Logistics et en 2015 en orientation, où j’ai fait un stage comme magasinier. Entretemps, la famille s’est encore agrandie. Et j’ai beau rechercher un emploi, il y a toujours quelque chose qui ne convient pas. Soit je n’ai pas le diplôme requis, soit je n’ai pas assez d’expérience, soit je n’ai pas de véhicule, soit je n’ai pas assez de connaissances dans tel ou tel domaine (surtout pour les langues), soit tout simplement parce qu’il y a meilleur que moi. J’ai espéré de temps à autre obtenir un poste auquel je correspondais à tous les critères demandés. Mais, à chaque fois, les réponses étaient identiques: ‘nous sommes au regret de…’ Et il ne faut pas espérer que les aides à l’emploi puissent aider. Elles ne m’ont servi et ne me servent toujours à rien.
Je ne demande pas mieux que de travailler, mais si on n’ose pas me faire confiance, comment y arriver? Pour les employeurs, il faudrait avoir tout ce qu’ils souhaitent et tout de suite. Ce n’est pas possible. Comment un jeune diplômé peut avoir de l’expérience dans son domaine si on ne lui laisse pas le temps d’avoir cette expérience ? C’est complètement absurde.
Je vais être exclu du chômage tout prochainement. J’irai alors au CPAS, comme bon nombre d’entre nous qui ont déjà subi cela depuis le début d’année. J’espère qu’une fois là-bas, je pourrai rebondir avec un article 60, mais je n’espère pas. Comme on dit, l’espoir fait vivre, mais l’attente fait mourir ».
Christine:  « J’ai 27 ans. J’ai décroché un CESS général, option grec et langues modernes. Puis, j’ai fait un bachelor en traduction mais que je n’ai pas pu finir. Depuis, je cherche sans cesse un emploi, dans l’administration, dans la vente, l’horeca et même comme ouvrière à la chaîne.  Sans succès.  Comme étudiante, j’ai pourtant travaillé trois étés comme ouvrière polyvalente dans un home, à la cuisine et à la buanderie.  La 4ème  année, j’ai été engagée à l’accueil comme administrative et à la réception des médicaments.  Autant je trouvais assez facilement des jobs en tant qu’étudiante, autant maintenant,  ça semble impossible.  
Depuis mes études, je n’ai réussi à travailler que deux semaines en intérim car il y avait toujours un souci: le fait d’être une femme avec le risque d’avoir un jour des enfants; le manque ou selon les cas, l’excès de qualification…  Ainsi, pour un poste de secrétaire ou d’accueil, il me fallait mon bachelor ou 5 années d’expérience.  Sur le site de Stepstone, j’ai toujours des refus car mon profil ne correspond pas au niveau requis, alors qu’au Selor, pour un réceptionniste-administratif, il faut avoir au maximum le CEB.  Je me suis aussi présentée dans un magasin de textile (Zeeman) et là, la responsable m’a refusée car elle n’engageait que les personnes qui avaient au maximum leur CEB.  Chez Carrefour, pareil, il fallait avoir au maximum le CESI ou être sortie d’une section technique.
J’ai également suivi des formations en néerlandais et en informatique, même si ce n’est pas si évident de trouver une place dans les formations. Récemment, j’ai postulé pour travailler comme emballeuse et pendant l’entretien, surprise, ils m’ont proposé un FPIE (Formation Professionnelle Individuelle d’Intégration en Entreprise) en tant qu’administrative pendant 3  mois, après quoi je serai engagée pendant 3 mois. J’espère de tout cœur garder la place ensuite. Car en tant que cohabitante, tôt ou tard, je vais être exclue du chômage. Actuellement, je perçois un peu plus de 400€ d’allocations. Si on me les supprime, je ne sais vraiment pas comment on va s’en sortir. Mon compagnon gagne juste un peu plus de 1100€, je n’aurai donc pas droit au CPAS.  
Le gouvernement a peut-être ses raisons pour exclure des milliers de chômeurs. Mais pour nous, c’est vraiment injuste :  il est impossible de planifier une vie, de faire des projets.  Alors que l’on fait tout pour trouver un emploi… Et le plus révoltant, ce sont toutes sont les lettres qui restent sans réponse. On a beau appeler, on nous transfère d’un service à l’autre sans donner d’explication claire sur la raison du refus… Enfin, j’espère vraiment qu’avec ce FPIE, c’est le début de la stabilité».  
Kévin : « J’ai reçu il y a quelques semaines une lettre de la CSC m’informant qu'à peu près 50.000 personnes – y compris moi - seront exclues du chômage en 2015 et 2016. Je ne trouve pas ça juste. Je suis évalué positivement dans mes recherches d'emploi. De plus, ma conseillère actuelle ne sait plus me suivre car elle m’estime très autonome dans mes recherches et elle ne peut pas en faire plus. 
Après avoir quitté l'école, j’ai cherché un travail en tant qu’électro-automaticien. Au bout d’un certain temps, j’ai entrepris une formation d'un an dans ce domaine au Forem de Dinant. Je pensais  que cette formation me donnerait l'expérience nécessaire qui me faisait défaut. Même ma conseillère du Forem de Jambes m'encouragea dans cette voie. Au final, les entreprises ne prennent pas ma formation comme expérience, ni les nombreux mois de stages en entreprise. Jusque-là, aucun employeur n’accepte quelqu'un sans expérience, même lorsque je demande d'être pris à l’essai sans rémunération.
Avec toutes ces nouvelles réglementations, beaucoup de personnes vont avoir d'énormes soucis alors qu'elles font tout leur possible pour trouver de l'emploi. »
Viviane : « J’ai terminé la 7e professionnelle en 2002, en hôtellerie. Depuis lors, j’ai eu principalement des contrats d’intérim journaliers dans l’Horeca, à horaire variable. Malgré cela, je n’ai jamais pu accumuler assez de jours de travail pour ouvrir un droit aux allocations de chômage. 
Dans le but de trouver un emploi stable, j’ai suivi une formation dans la vente, mais je n’ai jamais trouvé d’emploi dans ce secteur. En dehors de mes périodes de travail, je touchais 800 euros par mois d’allocations d’insertion.  Je trouve injuste que malgré tous mes efforts, mes recherches et mes travaux par intérim, je perde le droit à ces allocations, sans compter que je n’ai que des évaluations positives de l’Onem. 
Je suis traitée comme quelqu’un qui n’a jamais travaillé. Alors que j’ai des preuves de périodes de travail, de formation et de recherche d’emploi… ».
Sébastien : « J'ai fait mes études comme technicien en informatique à Liège et je suis sorti en 2011. J’ai postulé rapidement dans un magasin d’informatique où l'employeur voulait  bien m’engager mais il fallait que j'aie un plan activa. Vu que j'étais en "stage d'attente", je n'avais donc pas droit à ce plan. Pour me donner un avantage, j'ai décidé de faire une formation en réseau informatique. Une fois celle-ci finie, je m'aperçois que j'ai perdu mon temps: il me manque de la pratique selon les patrons.
J'ai tenté une formation en alternance à l'IFAPME, que je n'ai pas réussie, hélas, à cause des cours de droits et de gestion (…).  J'ai tenté ensuite de rentrer à la Défense mais ils m'ont jugé "trop gros". Je signale que le sous-officier qui nous a réceptionnés n'étais pas mince...
J'ai fait quelques boulots ici et là en intérim mais rien d'extraordinaire… Puis, je me suis orienté vers une formation en logistique que j'ai terminée. Mais là aussi rien à faire, toujours pas d’emploi en vue.  
J’ai été contrôlé plusieurs fois par l’Onem et les évaluations ont été positives. Au Forem, ma placeuse, me dit qu’elle ne sait rien faire de plus pour moi car j'ai fait tout ce qu'elle m'a proposé. Tout le monde me dit qu'il faut aller "emmerder" les agences intérims et/ou les patrons mais ce que le monde ne veux pas comprendre, c'est que les patrons demandent un profil particulier…
Je vis toujours chez mes parents, je dépense peu.  Bientôt, je serai exclu du chômage. J'ai de la chance d'être fan de jeux vidéo au point d'en concevoir moi-même. Sans cela, je me serai suicidé, sans doute... ou en cavale... ou pire ».
Anne : « J’ai 35 ans et je perçois des allocations d’insertion depuis plus de 10 ans.  Et pourtant j’ai travaillé…  J’ai commencé quand j’étais étudiante en tant que caissière chez Cora.  Après mes humanités, je rêvais d’être enseignante. J’ai fait des candidatures à l’ULB en philologie romane et puis, je n’ai plus voulu continuer car cela ne me plaisait pas du tout.  
Pour avoir un métier en mains, j’ai décidé d’apprendre l’esthétisme.  J’ai obtenu mon certificat en bio-esthétique en 2002 et là, je me suis dit : ça y est, le monde du travail est à moi! J’ai très vite trouvé un emploi comme vendeuse et esthéticienne chez Yves Rocher, où j’ai travaillé pendant deux ans, à temps partiel.  
Quand ils ont mis fin à mon contrat, je me suis perfectionnée dans ce domaine en cours du soir et après cette formation, grâce à un stage, j’ai travaillé plus d’un an comme esthéticienne dans un salon de beauté où j’étais seule avec la patronne.  Malheureusement, celle-ci était en fin de carrière et elle est partie à la pension et moi, je n’avais pas les moyens de reprendre son commerce. J’ai alors été travaillé à l’Inno comme conseillère-vendeuse en parfumerie, pour des marques de bijoux puis de vêtements.  Cela a duré trois ans avec des contrats temporaires et à temps partiels.  
En 2012, après la fin d’un contrat, j’ai décidé de me réorienter vers une formation en bureautique à Bruxelles Formation.  J’en avais marre des petits boulots et j’espérais ainsi trouver un emploi à temps plein.  Surtout que je commençais à paniquer car la loi sur l’exclusion des chômeurs était votée et moi, j’étais directement concernée car tous ces petits boulots étaient soit trop courts, soit à temps partiels et ils ne m’ont pas permis d’avoir de vraies allocations de chômage.  
Après la formation, j’ai cherché un emploi dans l’administration tout en suivant des cours de néerlandais.  Comme je ne recevais même pas de réponse négative, j’ai commencé à appeler directement les patrons.  Leur réponse n’était pas toujours claire mais au moins une chose était sûre, la période était calme, ils n’engageaient plus, c’était la crise…  
Alors, en désespoir de cause, et comme à l’ONEm, on m’avait obligé à m’inscrire dans les titres-service, j’ai accepté un poste d’aide-ménagère,  d’abord dans une société où les relations étaient assez difficiles.  Maintenant, je travaille 27 heures semaines dans des conditions assez bonnes même si le travail en lui-même est épuisant : en 3 heures, il faut tout nettoyer et dès qu’on est dans une nouvelle maison, il faut tout recommencer. A croire que parce que les gens ont une employée titres-service, ils ne font plus rien chez eux… ».

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