"On ne reconnaît pas la pénibilité de notre travail"

Nella Del Zotto
J’aurai 58 ans, dans un mois. Je suis divorcée. Mon parcours de vie n’ a pas toujours été facile. J’ai été mariée 10 ans, j’ai deux enfants qui ont maintenant 33 et 27 ans, un garçon et une fille. Mes enfants ont fait des études supérieures. Ils ont tous les deux un emploi. Pour ma fille, le parcours n’ a pas été simple pour trouver du boulot mais elle a maintenant un emploi a peu près sûr à 27 ans !
Je travaille depuis l’âge de 18 ans. Après mes humanités, j’ai passé un examen aux Assurances du Crédit à Jambes. J’ai été engagée comme dactylo pour recopier sur des cartes perforées tout ce que les agrégateurs accordaient ou non au niveau des dossiers. Nous avions une prime de bruit tellement ce mécanisme était bruyant. Le rythme était soutenu. Les exigences étaient importantes. J’y suis restée 7 ans. Il y a eu une restructuration et j’ai été mise dehors. Pour retrouver un emploi, ça a été une autre paire de manche. Il fallait s’ adapter aux nouvelles technologies. J’ai eu un contrat de remplacement au service administratif de la clinique Mont-Godinne mais je savais que c’ était limité dans le temps. Je me suis à nouveau retrouvée au chômage. Puis il y a eu mon divorce, une période difficile. J’ai suivi des formations pour resterdans le coup mais malgré cela, tout ce qu’on me proposait c’ était du nettoyage, des titres-services. Pour travailler, j’ai du acheter une voiture, ici dans la région c’ est une nécessité. Toujours des occases.
J’ai d’abord travaillé en tant qu’ouvrière dans une école communale. J’aidais en cuisine, je surveillais les repas. Ensuite je suis allée à l’Institut Saint-Joseph, au bout de 3 ans je n’ai plus été reprise. J’ai travaillé ensuite dans les titres-services. C’ est un peu ingrat d’ aller travailler chez les gens. Il y a des gens bien mais aussi des gens moins bien…Je me suis présentée pour suivre une formation pour devenir aide familiale mais le projet n’a pas pu aboutir. Je ne correspondais pas au profil. La personne voulait m’ orienter vers de l’emploi de bureau, or je suis dépassée au niveau informatique. Il fallait que je travaille. J’ai re-postulé à l’Institut Saint-Joseph et j’ai été réengagée.
J’y suis depuis 8 ans. Je m’ occupe de l’entretien des bâtiments scolaires et aussi de la vaisselle à l’internat. Mon contrat démarre chaque année au 1er septembre et s’ achève au 30 juin. Je suis en chômage en juillet/août. Je ne sais jamais si mon contrat va être reconduit d’une année à l’ autre. Il y a peut-être quelques petits signes qui font comprendre qu’ on sera repris ou pas mais sans confirmation officielle, c’ est l’angoisse durant une bonne partie de l’ été. Je n’arrive pas à me faire à cette incertitude constante concernant la reprise de mon travail. Je me tracasse car je ne sais pas de quoi sera fait l’avenir. 

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Je suis à mi-temps et je bénéficie d’un complément chômage AGR. Je gagne péniblement 1100 euros, y compris le complément. Je suis locataire depuis 22 ans. Je suis dans une relation de confiance avec mon propriétaire. La maison nécessiterait pas mal de travaux mais mon loyer n’ est pas très élevé. Mais si on devait me demander un loyer de 600 euros, je ne sais pas comment je pourrais vivre.
Ma maman et mon frère sont malheureusement décédés et je m'occupe au quotidien de mon papa de 91 ans, tous les matins, 7 jours sur 7, mais les relations sont tendues. Il commence à avoir de gros soucis de santé mais il ne réalise pas qu’il a besoin de soins plus larges que ce que je peux lui donner. Il ne veut pas entendre parler de maison de retraite. C’est l’ancienne génération. C’est très dur ! Parfois je me demande comment je vais tenir le coup. Aussi incroyable que ça puisse paraître, mon travail qui est loin d’être reposant devient un répit…
Mes horaires, c’ est 15h30-19h30. Ca laisse peu de temps. Je préfèrerais travailler le matin, même très tôt.
La plupart de mes collègues sont à temps partiel. Seule la cuisinière est à temps plein.
A l’heure actuelle, je ne me sens pas capable de reprendre une formation en aide comptable ou autre et quelles seraient mes chances de retravailler comme employée de bureau ?
Le gouvernement veut que nous trouvions du travail à temps plein. Je ne vois pas comment. Avec les aléas de la vie, je suis coincée. Mon père a beaucoup d’exigences. Ce n’ est vraiment pas facile et indépendamment de mon père, je ne pense pas que ce serait possible de faire ce boulot à temps plein. C’ est lourd. Actuellement, je fais 5heures par jour et je cavale quand même, j’avoue que quand je rentre à 8 heures du soir je suis fatiguée. Nous avons des chaussures de sécurité, elles sont assez lourdes, à mon retour à la maison, je ne sens plus mes mollets. Nous avons un chariot… mais nous sommes obligées d’emprunter des escaliers de quelques marches avec le chariot ! Honnêtement, je pense que travailler dans le domaine du nettoyage pendant 8 heures n’ est pas possible à 58 ans. A cet âge, on commence à avoir des petits bobos liés au métier, mal au dos, canal carpien etc…

"On ne reconnait pas la pénibilité de notre travail"

Je m’ interroge sur ce que la direction va proposer. Vont-ils penser à nous augmenter de quelques heures pour que la différence ne se ressente pas trop ? A ce stade nous ne savons pas !
Je souhaite poser la question au gouvernementde savoir à quoi riment ces mesures à notre âge ? C’ est vraiment injuste. C’est vraiment compliqué pour tout le monde à l’heure actuelle. D’autant plus, pour les jeunes qui ont déjà des difficultés à trouver du boulot.
Pour ma part, je ne suis pas convaincue que j’ aurai la possibilité de retrouver un autre emploi à mi-temps.
Il faut que le gouvernement retire cette mesure. Il faut favoriser l’emploi des jeunes.

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