"Les travailleuses à temps partiel sont déjà pauvres"

Evelyse Begon
Je travaille à temps plein mais il y a beaucoup de travail à temps partiel dans l’entreprise. Ces postes à temps partiels sont occupés majoritairement par des femmes. Parmi elles, beaucoup assument seules des responsabilités familiales, beaucoup ont des difficultés à obtenir une pension alimentaire.
Qui dit travail à temps partiel, dit salaire partiel. Ce sont des filles qui ne gagnent même pas le salaire minimum garanti puisque pour avoir le SMIC, il faut travailler temps plein. Elles peuvent prester 30 heures une semaine et 15 heures la semaine d’après. Il y a des pics comme les fêtes de fin d’année, à cette période, il y a beaucoup d’heures mais ça ne dure que 15 jours et il y a aussi des périodes où c’est lecalme plat comme en juillet par exemple. Ce n’ est pas un salaire absolument garanti. L’Allocation de Garantie de Revenu permet aux travailleuses à temps partiel d’y voir clair sur ce qu’ elles gagnent, d’ équilibrer leur budget, de faire face aux dépenses.
Ce complément chômage, très important, avait déjà été grignoté précédemment. Certaines travailleuses en avaient déjà perdu le bénéfice en fonction de leur situation familiale. Des processus particulièrement discriminatoires à l’ égard des femmes.
"A l'heure actuelle, les travailleuses à temps partiel sont déjà des travailleuses pauvres"
Quand les filles tombent malades c’est une catastrophe. Nous avons, en front commun syndical, CNE-SETCA, une caisse de solidarité dans l’ entreprise, gérée par les organisations syndicales. Tous les jours, nous avons des demandes d’ aide, on donne, on donne, mais les filles ne sauront jamais rembourser. Des marchandises abimées sont entreposées dans un hangar et le patron organise une vente par mois lors de laquelle le personnel peut se procurer ces marchandises à 50%. C’est triste en travaillant de devoir mendier… C’est affreux. 
Dans notre région, la solidarité est encore fort présente entre les travailleur-euse-s.Dans les anciens magasins, on sait qu’une fille est dans les problèmes, on s’entraide comme on peut : « j’ai fait de la soupe, en voilà… ». C’est bien mais en même temps c’est revenir au temps de Germinal à notre époque.
La situation est déjà très préoccupante et les mesures prévues par le gouvernement Michel en matière d’AGR et de disponibilité des temps partiel vont encore renforcer l’appauvrissement des femmes en leur imposant de vivre au jour le jour. Dans la perspective de perdre 50% de leur AGR, elles se demandent comment elles vont vivre. Elles sont également très inquiètes du fait qu’elles devraient trouver un boulot à temps plein.

"Le secteur est très flexible et il n'y a pas de possibilité d'atteindre le temps plein"

Il ne faut pas se leurrer, le travail à temps partiel et la flexibilité qu’il engendre sont la volonté du patron. Avec les horaires dans le commerce, pas de possibilités non plus de cumuler plusieurs emplois temps partiel. Certaines s’ orienteront vers du boulot parallèle, non déclaré. De telles mesures vont favoriser le travail au noir, le travail informel et l’ exploitation des femmes…au 21ème siècle !
Ces travailleuses vont vivre dans une inquiétude et une précarité épouvantable. Il faut se rendre compte que ces travailleuses ne sont, en général, pas propriétaires. Elles sont locataires. Payer son loyer, son gaz, son électricité se nourrir et soigner ses enfants….avec 900 euros, je ne sais pas comment elles vont vivre et ces femmes qui sont des travailleuses pauvres seront également des pensionnées misérables.
Nous sommes en négociation pour augmenter les heures mais le patron est clair, il ne saura pas augmenter les heures de tout le monde. Il propose une augmentation de contrat avec plus de flexibilité. Si vous êtes seule avec des gosses, comment pouvez-vous être flexible à la dernière minute…Les femmes sont souvent confrontées à s’occuper de tout le monde, enfants, parents âgés !
Le gouvernement qui soit disant veut enrayer les discriminations sexistes fait tout le contraire. Il a supprimé le bonus pension, dans le secteur du commerce, on n’ est pas des universitaires. On a commencé à travailler à 18 ans, donc à 63 ans, on a une carrière complète de 45 ans et on avait un petit bonus mais quand vous avez une pension de 1125 euros, avoir 25 euros en plus par mois c’ est important. Ca permettait au gens d’avoir un peu plus. Surtout pour les femmes à temps partiel. Et il nous l’ enlève.
Le gouvernement nous rend pauvres quand on est au travail avec le blocage d’index et nombre d’ autres mesures. Le gouvernement Michel n’ aime pas du tout les femmes. C’est honteux ! 
Je souhaite lui dire qu’il doit se rendre compte que les mesures d’ austérité ça ne sert à rien, il est temps qu’il prenne un virement social et qu’il écoute les organisations syndicales.
Et je voudrais aussi adresser un message aux femmes, réveillez-vous et bougez-vous pour faire valoir vos droits!

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