"Les mesures gouvernementales font très peur!"

Anna Ramolo
Lorsque mon mari m’ a quittée, les enfants étaient jeunes,11 ans, 8,5 et 3 ans, j’ étais demandeuse d’ emploi mais je ne touchais plus rien du chômage puisque j’ étais considérée comme cohabitante. Je me suis retrouvée seule avec mes 3 enfants avec 25000 FB d’allocations familiales. C’est tout ce que j’avais. J’avais le loyer à payer, 13000 FB, il fallait nourrir la famille, chauffer la maison, c’ était au charbon… Je n’ ai jamais eu de pension alimentaire, pourtant mon ex-mari gagnait bien sa vie. Heureusement mon frère m’ a aidée. Mon frère m’a dit d’entreprendre des démarches pour faire valoir mes droits. En plus de vivre une situation difficile, je me souviens que les démarches étaient lourdes. Je devais raconter mon histoire, mes problèmes encore et encore, il y avait toujours un tas de paperasse à remplir. Pour ma part, je sais lire et écrire mais je suis lente, j’ étais dyslexique et tous ces formulaires à remplir avant toute possibilité d’aide, ce n’ était vraiment pas simple... En ce qui concerne mes droits au chômage, j’ai été aidée par la CSC et je les ai récupérés.
Mes enfants ont toujours été une priorité. Je faisais tout pour maintenir une vie de famille, pour qu’ils réussissent à l’ école et aussi qu’ils mangent à leur faim tous les jours même si moi-même je devais m’ en passer. Je raclais les fonds de tiroir, j’ allais faire des courses au ALDI avec toutes des pièces de 50 centimes belges. Je n’ ai pas su faire d’ étude mais je voulais que mes enfants en fassent et se construisent un avenir. Maintenant, ils ont 31, 28 et 23 ans. Mon fils aîné est infirmier, ma seconde fille est infirmière et la dernière étudie le droit. 

"Pour survivre, j’ai du me débrouiller. J’ai fait des brocantes pour avoir un peu plus." 

J’ai cherché activement du boulot. Ma fille allait à l’ école des devoirs et comme je l’accompagnais, je donnais un coup de main à la bénévole qui s’ occupait des enfants. Je trouvais qu’il faisait sale dans les locaux et je demandais régulièrement si l’association n’ avait pas besoin de quelqu’un pour entretenir les locaux et un jour ils m’ ont appelée.
Il s’agit d’une asbl d’aide aux personnes, qui comprend une école des devoirs, une banque alimentaire et un vestiaire. Ils m’ont proposé un travail à mi-temps, 19 heures/semaine, sans autre possibilité. Il m’ont signalé que le salaire serait bas, pas plus élevé que ce que j’avais au chômage mais je voulais absolument travailler. Je travaille dans cette association depuis 8 ans. J’ai eu différents types de contrats dans le cadre de programme de résorption du chômage, mais les heures n’ont jamais été augmentées. Je n’ai aucune évolution dans ma carrière, aucun avantage lié à mon ancienneté. Rien, c’est lié au type de contrat «sous statut» que j’ai.
Les conditions de travail ne sont pas évidentes. L’ association fonctionne avec des bénévoles et il y a des tensions avec certaines personnes. Je ressens parfois du mépris en tant que travailleuse. C’est notamment un bénévole qui fait mon planning, j’ai un jour été obligée de nettoyer un trottoir gelé sans gants. Il n’y a pas moyen d’obtenir les vêtements de travail adéquats.
Il y a de gros problèmes de respect de la réglementation. J’ai eu plusieurs accidents de travail. Je suis notamment passée à travers le plancher. Les formalités accident de travail ont toujours été longues et la CSC a souvent dû interpeller l’ employeur. Il y a aussi une certaine pression, un certain contrôle, mais je n’ ai pas peur, je ne suis jamais arrivée en retard et je fais mon travail dans l’horaire.
Il est impossible d’ envisager ce travail à temps plein. J’ai 56 ans et c’est très éprouvant. De toute manière, la question ne se pose pas puisque l’asbl ne compte pas élargir mon temps de travail. Je n’ ai jamais eu de proposition pour faire évoluer mon travail ou pour changer de boulot comme par exemple travailler pour la banque alimentaire. 

"Les mesures gouvernementales font très peur! ça va être la misère." 

J’ai perdu en janvier 97€, c’est énorme dans mon budget et je ne m’y attendais pas. Non pas que je n’ étais pas informée des décisions du gouvernement. Mais toute ces questions c’est finalement technique, c’est quand vous voyez votre compte que vous comprenez réellement ce qui se passe. Mon AGR est maintenant de 150 € donc si l’AGR est réduite de 50%, c’est la catastrophe. 

"Pour le moment je gagne 790€."

Déjà dans la situation actuelle, je dois sans cesse faire des choix. Je ne sais pas prendre en charge l’abonnement de train de ma fille, pour aller à l’université à Mons. Le bus est beaucoup moins cher…mais le trajet est beaucoup plus long. Il faut compter une heure en bus contre une dizaine de minutes en train. Nous n’avons pas le choix…
Les brocantes, c’est dur, il faut se lever à 5 heures du matin, le dimanche dans le froid, la pluie mais «c’était incontournable pour vivre».
Il faut savoir se débrouiller tout le temps. 
Je voudrais proposer un échange aux membres du gouvernement. Que l’un d’entre eux vienne faire mon boulot, vienne vivre ma vie, qu’il vienne à l’ASBL et qu’il fasse mon travail…et on verra bien si les mesures persistent !

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