Du Nord au Sud, le pays au ralenti

Ni train, ni tram, ni métro, ni bus. Pas d’avion dans le ciel. Des écoles étrangement silencieuses. Des industries et des commerces à l’arrêt. Le non marchand assure l’urgence et le service indispensable. La grève nationale, générale est très largement suivie et, du Nord au Sud, toute la Belgique vit au ralenti ce lundi. 
Une immense clameur silencieuse s’élève pour dire «non» aux mesures aveugles et injustes du gouvernement Michel, dire «non» à l’arrogance des fédérations patronales qui campent sur leurs positions. Pour dire «oui» à des alternatives qui permettent de diminuer l’endettement du pays, de redresser sa compétitivité tout en sauvegardant notre modèle social, en évitant de précipiter des dizaines de milliers de travailleurs et d’allocataires sociaux dans la misère et la détresse, en demandant un petit effort aux plus nantis…
Dès le petit matin, les militants syndicaux, tôt levés, ont gagné les différents points de ralliement: entrées des zonings et des grandes entreprises, entrées des grands centres commerciaux… Il fait très froid. Les braseros et le café chaud sont les bienvenus. D’autres militants rejoignent les barrages filtrants à des endroits stratégiques afin de sensibiliser le grand public aux conséquences des mesures prises. Beaucoup sont d’accord avec les revendications syndicales. Certains rechignent et s’opposent, invoquant leur «droit de travailler»: «Ok, mais si grâce à nos luttes, nous obtenons des résultats positifs, y renoncerez-vous?» rétorquent les militants. Curieusement, aucun de ces récalcitrants ne refusera les acquis pour lesquels les syndicats se battent.

Retrouvez ci-dessous le compte rendu des actions organisées dans les régions

Bruxelles sert le plat de résistance

Ce lundi, Bruxelles est comme mort et plus calme qu’un dimanche. Rarement, la circulation a été aussi fluide. Il n’y a pas grande activité économique. Après le plat de misère servi par le gouvernement, les travailleurs et allocataires sociaux servent le plat de résistance! 
Comme pour la grève régionale du 8 décembre dernier, le mouvement est très interprofessionnel et mené en front commun. Mais à Bruxelles comme dans de nombreuses régions, la mobilisation est plus forte encore que lors de la grève régionale. Tous les secteurs sont concernés. Ni train, ni tram, ni métro, ni bus. Les avions ne décollent pas, n’atterrissent pas. Des barrages filtrants sont mis en place en différents endroits stratégiques. «Dans les blocages filtrants mis en place, les automobilistes montrent beaucoup de compréhension. La plupart nous encouragent même et indiquent que, s’ils en avaient la possibilité, ils rejoindraient les piquets» témoigne un délégué.  
Parmi les centaines de piquets installés depuis le petit matin, citons Siemens (à Huizingen) en grève pour la première fois depuis trente ans ! Epinglons aussi la maison communale de Jette où cinq travailleurs sur 350 se sont présentés ce matin.  
Audi et Autovision sont à l’arrêt de même que Tessenderlo Chimie et Akzo Nobel, Lotus Bakeries et Mondelez… Les imprimeries IPM et Corelio ne fonctionnent pas. Les cliniques Ste Elisabeth et l’hôpital Erasme sont fortement mobilisés, même si bien sûr les urgences et des gardes sont assurées dans les différents services. Bien sûr, les zonings sont également fermés: Ternat, Da Vinci et Weiveldlaan Zaventem, le zoning de Berchem –Basilix, Carrefour,…   
Souvent, l’ambiance est bon enfant. C’est le cas, par exemple, au très chic hôtel Métropole, dans le centre de la capitale. Des délégations des trois syndicats laissent entrer les voyageurs, mais leur font une escorte ponctuée de coups de sifflets verts et leur distribuent des tracts pour expliquer la raison de cette action. «Le mouvement de grève rencontre un fort soutien de la population, souligne Philippe Vansnick, secrétaire fédéral adjoint de la CSC Bruxelles-Hal-Vilvorde. Nos revendications reflètent vraiment les inquiétudes et la colère des travailleurs et allocataires sociaux. Non, travailler plus longtemps n’est pas une option! On nous le dit dans les aéroports, les industries, les maisons de repos. Les femmes sont particulièrement intraitables sur le sujet, notamment dans la distribution. La Sib, l’alimentation, le nettoyage et la grande distribution se mobilisent avant tout sur le refus du saut d’index. Les travailleurs de la SNCB et des hôpitaux rejettent avec force la privatisation larvée des services. L’avenir des enfants et l’accès à l’enseignement sont farouchement défendus dans les écoles, mais aussi sur les piquets de l’ULB et de la VUB.»
Une fois encore, le mouvement citoyen Hart boven Hard («Le cœur avant l’austérité») a mobilisé ses sympathisants pour une tournée de soutien aux piquets. Environ cinq cents cyclistes vont ainsi parcourir une quarantaine de kms et apporter leur appui à différents points stratégiques, amplifiant la force syndicale et lui ajoutant des couleurs citoyennes et des revendications sociétales plus larges encore. Ainsi, le jeune mouvement «Tout autre chose» (équivalent francophone de «Hart boven hard») a participé au piquet installé devant Bozar pour signifier son refus des coupes sombres dans le secteur de la culture, important vecteur de démocratie.

Charleroi: mobilisation très forte et bon enfant

La pluie tombe sur Charleroi. Mais la drache n’a pas douché la mobilisation syndicale, tout au contraire. Dès le petit matin, les piquets sont en place, réchauffés par les braseros et organisés dans une ambiance authentiquement bon enfant. 
Charleroi- Sambre et Meuse est aussi calme qu’un dimanche. Les zonings de Courcelles, Thuin, Martinrou, Heppignies, Fleurus sont fermés par des piquets où les récalcitrants sont rares. Même situation à l’Aéropôle et à Jumet ainsi qu’aux Verreries de Momignies dans la botte du Hainaut. Dans le secteur de la construction, rien ne bouge ni dans les centrales à béton, ni sur les chantiers.
Les centres commerciaux sont fermés eux aussi. Des rangées de caddies bloquent les entrées. Calme plat à Ville 2, City Nord, aux Match de Charleroi et Jumet, au centre de la Belle Fleur à Couillet, au Bultia, au complexe Carrefour Market Groupe Mestdagh de Gozée, au zoning de Marcinelle (Match, C&A Leenbakker), rue de la Montagne (Inno, H&M, Zara, Paris XL, etc.), au Makro Marie Curie…  
Même mobilisation dans les services au public. L’aéroport de Charleroi est fermé, les avions restent au sol et aucun vol n’atterrit. La SNCB est à l’arrêt total de même que le Tec et Proximus, le Forem et l’Onem. Hôtel de ville et maisons communales gardent portes closes. De très nombreuses écoles sont fermées, même si l’accueil est garanti, et les examens sont reportés à mardi. 
«Charleroi est vraiment ville morte aujourd’hui, se réjouit Chantal Doffiny, secrétaire fédérale de la CSC Charleroi-Sambre et Meuse. Le dispositif en front commun est sensiblement le même que celui que nous avions mis en place lors de la grève régionale. Mais tout est encore mieux organisé. Et la mobilisation est encore plus forte que ce soit dans le secteur marchand ou le non marchand, les industries. Très peu de travailleurs se sont présentés aux piquets des zonings.  Nous avions organisé très peu de barrages filtrants. Au QG du front commun, il y a beaucoup de monde, car quasi aucun piquet n’a demandé de renfort. Les gens sont restés chez eux. En trente ans de vie syndicale, je n’ai jamais connu une mobilisation aussi large et aussi facile lors d’une grève générale. Demain, nous évaluerons la situation avec nos instances, en front commun. Et, s’il le faut, nous continuerons.» 

Liège: mobilisation plus forte encore que prévu

Une fois encore, la Cité ardente aura bien mérité son nom. Le plan d’action de ce 15 décembre est à peu près le même que celui mis en place par le front commun le 1er décembre dernier, mais il est encore renforcé. Les grévistes sont encore plus nombreux malgré la pluie et le froid. 
Pas de bus, pas de train: la SNCB est en grève, le TEC aussi, y compris les lignes indépendantes. BPost ne fonctionne pas. Grève aussi à l’aéroport de Liège-Bierset avec une première, la grève des pilotes de TNT Airways. Le secteur du transport et de la logistique est d’ailleurs fortement mobilisé: outre TNT, Aviapartner, TTS, Farnell, Lyreco, Sketchers, CooperVision, Euroports, la base Intermarché de Villers-le-Bouillet, Galliker notamment sont en grève.   
Les quatre grands zonings industriels de la région –les Hauts-Sarts, Grâce-Hollogne, le Sart-Tilman et Villers-le-Bouillet- sont bloqués. La sidérurgie est fortement touchée –ArcelorMittal notamment- de même que la chimie où PB, Prayon, Clermont entre autres sont en grève. Des lieux aussi stratégiques que les centrales à béton sont à l’arrêt. Silence aussi dans les carrières (Dumont-Wauthier et Carmeuse) et les entreprises de construction (Moury, Franki, Galère, Ducheêne, Moureau, Aertssen…).
Des piquets sont en place dans tous les centres commerciaux: Belle-Ile, Cora, Médiacité, les galeries Saint-Lambert notamment gardent portes closes. C’est aussi le cas de la grande distribution –Delhaize, Carrefour, Lidl, Aldi, quelques Colruyt, Ikéa, Makro, Fnac, Casa, Zara, WE,…- et de l’industrie alimentaire –Inbev, Coca-cola, Chaudfontaine, Ter Beke… 
Les sociétés de gardiennage, de nettoyage, de titres-services, de call-centers, du secteur socio-culturel et de la formation sont également touchées. A noter, la participation de quelques petits indépendants du commerce en signe de solidarité. 
Les hôpitaux de la région – CHC, Citadelle, Bois de l’Abbaye, CHR Huy,…- tournent en service minimum. Les urgences sont évidemment assurées, de même que les soins indispensables au bien-être des patients. C’est aussi le cas dans les maisons de repos et maisons de repos et de soins. Les administrations et services communaux sont fermés. Les prisons sont au service minimum, et il faut épingler la marche symbolique menée par les gardiens de prison de Lantin jusque Paifve. 
«Tout se passe calmement, sans aucun incident. Il n’y a quasi pas de circulation à Liège. En effet, la mobilisation est si forte qu’il y a encore plus de piquets que ce que nous avions prévu, explique Jean-Marc Namotte, secrétaire fédéral de la CSC-Liège-Huy-Waremme. Certains veulent faire croire que le mouvement s’essouffle, or c’est tout le contraire. De plus en plus de gens adhèrent à nos revendications –au Nord comme au Sud- comme le montrent d’ailleurs les sondages. Notre secrétaire générale, Marie-Hélène Ska est venue soutenir plusieurs piquets, notamment à l’aéroport de Bierset et à l’institut Ste-Véronique. Elle a pu constater combien les travailleurs sont mobilisés. Pour eux, pas question d’abandonner le combat si le gouvernement ne concède aucune avancée et continue à faire le sourde oreille et à nier la concertation sociale. Nous espérons qu’une réelle concertation puisse enfin se mettre en place. A défaut, la CSC décidera de la suite des actions à mener, en veillant à cibler le monde politique, les fédérations patronales, les grandes institutions… Nous savons que les grèves provoquent des embarras et autres désagréments, mais les mesures imaginées par le gouvernement provoqueront des tracas et difficultés sans commune mesure avec les actions que nous menons. Alors, ensemble, résistons

Une première, la grève des pilotes de TNT Airways
«C’est la première fois que les pilotes de l’entreprise font grève, explique la délégation CNE. Mais le flou dans lequel se trouve plongée la profession suscite beaucoup de questions et de craintes, ce qui explique la forte mobilisation au sein des équipages liégeois». En effet, la règlementation européenne relative à l’aviation civile interdit aux pilotes d’exercer au-delà de 65 ans. Sans licence, ils ne peuvent plus voler. Or, le gouvernement Michel prévoit de relever l'âge légal de la pension en Belgique à 67 ans. Dès lors, que vont faire les pilotes entre 65 et 67 ans? Depuis la dernière réforme des pensions, entrée en vigueur en 2012, le régime spécial qui leur permettait de prendre leur pension à partir de 55 ans ou après 30 ans de carrière, a été abrogé. En outre, les contrôles médicaux déjà très stricts auxquels les pilotes doivent se soumettre, sont encore renforcés à partir de 60 ans. Les risques de voir leur licence retirée sont donc d’autant plus importants. Au sein du personnel de TNT Airways, la compagnie aérienne basée à l’aéroport de Liège, l’inquiétude est si forte que 50% des pilotes volant sur le réseau européen participent à la grève générale de ce 15 décembre.

Namur: une mobilisation sans équivalent

«C’est clair, notre région est encore davantage à l’arrêt que lors de la grève régionale, constate Thierry Jacques, secrétaire fédéral de la CSC Namur-Dinant. Nos équipes syndicales, nos
militants sont vraiment très mobilisés. Je suis en route depuis 5 h. ce matin et j’ai vraiment vu des piquets partout. Et des piquets plutôt présents pour le principe cette fois-ci, dans la mesure où la plupart des gens sont restés chez eux. Les zonings et les zones commerciales sont bloqués et les quelques personnes qui se présentent sont plutôt en accord avec notre mouvement et ne tentent pas de pénétrer à tout prix. On ne déplore aucun incident dans notre région
.»  
D’action en action, la mobilisation se fait plus forte à Namur-Dinant et, cette fois, elle est sans précédent. Ainsi, dans le secteur de la construction, un piquet a été installé pour la première fois de son histoire devant l’entreprise Ronveaux à Ciney. Par rapport à l’action régionale, il y a davantage d’hôpitaux qui fonctionnent en service minimum, avec pour la première fois, un piquet à Mont-Godinne, davantage d’écoles en arrêt de travail et des piquets bloquent les différentes entrées des Facultés de Namur. Les prisons sont également en service minimum.
Tous les zonings –Rhisnes, Sombreffe, Malonne, Seilles, Naninne, Crealys, Fosse la Ville, Bossime, Dinant, Ciney, Fosses où se trouve le Stock américain- sont fermés. De nombreuses entreprises restent portes closes. C’est le cas notamment chez Materne, Ores, Electrabel, à l’imprimerie Remyroto. Le secteur des carrières et de l’extraction sont fortement impliqués avec des piquets chez Lhoist, Les Dolomies, Carmeuse-Frasnes, Aisemont, Sagrex.
Le mouvement est très fort aussi dans le non marchand, entre autres dans les entreprises de travail adapté (Entranam, Village n° 3, L’Atelier, Danneels, Cobelba à Naninne,…). Service minimum aussi dans les maisons de repos et maisons de repos et de soins, notamment chez VII Voyes à Vedrin, Bethanie à St Servais, Plein-Sud à Jambes, Charmes en Famenne à Mesnil St Blaise, Douceurs des coteaux mosans, et CAB Bouge où une distribution de soupe «impopulaire et imbuvable» a été organisée à 11 h. Le Parquet de Namur, le Forem, le tribunal du Commerce, le ministère des Finances, la régie des bâtiments des archives de l’Etat, la SPW sont à l’arrêt. Bien sûr, ni bus, ni train suite à la grève menée au Tec et à la SNCB. L’écluse des Grands Malades fait grève elle aussi, bloquant l’accès à la voie d’eau.
Des actions spécifiques ont également été menées en différents lieux. Ainsi, des artistes ont mené une action symbolique devant le théâtre de Namur en soutien au mouvement de grève.   
«Inévitablement, nos militants s’interrogent sur la suite. Seront-ils enfin entendus ou le gouvernement va-t-il décider de passer en force sur certaines mesures? Si ce devait être le cas, la détérioration du climat social va devenir un vrai problème. La frustration ne cesse de croître et les réactions risquent d’être plus difficiles à maîtriser» analyse Thierry Jacques.

Verviers et région de langue allemande toujours motivés

Le mouvement ne s’atténue ni à Verviers ni en région de langue allemande. Mille volontaires se sont inscrits pour prendre part aux piquets et aux piquets volants, ce qui constitue un nombre impressionnant pour la fédération.  
Comme lors des grèves régionales, les militants ont bloqué les trois zonings de Petit Rechain (sept entrées), des Plénesses (huit entrées) et d’Eupen (six entrées) dès 5 h. du matin. Chacun des piquets a installé son barbecue, ce qui n’était pas un luxe compte tenu du grand froid et de la neige fondante. Aux Plénesses et à Eupen, les militants ont reçu la visite et le soutien de la secrétaire générale, Marie-Hélène Ska, qui a partagé avec eux un «pain saucisse» avant de reprendre la route. Au départ de ces trois zonings, six cars ont emmené les militants d’entreprise en entreprise renforcer les piquets et soutenir les militants. Cette fois, Saint-Vith et Malmédy –relativement épargnés lors des grèves régionales- ont également été touchés par la grève.
«Nous constatons que la motivation est bien là, intacte. Nous constatons aussi que de petits indépendants commencent à s’interroger sur les conséquences des mesures du gouvernement. Certes, ils n’en sont pas encore à soutenir nos grèves. Mais, dans des contacts personnels, ils nous disent qu’ils commencent à sentir les effets de la diminution du pouvoir d’achat. Certains garagistes constatent que les gens hésitent à changer leurs pneus et à placer des pneus neige. Certains restaurateurs commencent à voir une vraie diminution de leur clientèle et se demandent ce qu’ils vont devenir quand les mesures feront vraiment sentir leurs effets…, explique Denis Gobert, président de la CSC de Verviers et région de langue allemande. De plus, certains employeurs nous appellent pour venir en vitesse signer des conventions de RCC (ex-prépension) ou de crédit-temps… Nous leur disons de répercuter cette situation auprès de leur fédération patronale! Nous avons un comité fédéral ce mardi 16 décembre et nous verrons bien ce que vont dire les militants. Aujourd’hui, ils se sont montrés déterminés et, si le gouvernement ne veut toujours pas entendre la voix des travailleurs et des allocataires sociaux, il y a de fortes chances pour que nos militants demandent de nouvelles actions, cette fois plus ciblées vers les politiques.»

Le Hainaut Occidental poursuit sur sa lancée

La CSC du Hainaut occidental poursuit le plan d’action entamé lors de la grève régionale. En front commun, elle a choisi de maintenir les cibles prioritaires sur les zonings de Comines, Mouscron, Ghislenghien et Orcq où, dès le petit matin, le piquet a reçu la visite et le soutien de Marc Becker, secrétaire national.
De nombreux autres piquets sont mis en place devant les entreprises tant du secteur marchand que du non marchand, ainsi que dans les services publics. Le secteur du commerce est lui aussi largement à l’arrêt, avec des piquets résolus dans les centres commerciaux de Mouscron, Froyennes et Tournai.

Mons-La Louvière mène l’action avec conviction

Organisation peaufinée et forte mobilisation à Mons-La Louvière où les militants ont poursuivi sur leur lancée et renforcé le mouvement entamé lors de la manifestation à Bruxelles et de la grève tournante. Ce lundi, Mons a donc son apparence des dimanches: une circulation fluide et de très nombreux commerces fermés.  
Dès 4h30 du matin, des piquets sont mis en place dans le zoning de Frameries, chez Doosan, dans les surfaces commerciales du Brico de Ghlin, le zoning de Cuesmes, le parc Initialis, le zoning de l’axe Ghlin-Baudour-Tertre, le zoning de Soignies et le zoning de Seneffe-Feluy-Manage. Les enseignants organisent un piquet à St Ghislain. Partout, l’ambiance est conviviale. Des braseros, des barbecues, du céfé et des soupes chaudes permettent aux militants de braver le grand froid. 
Des barrages filtrants sont installés à différents endroits stratégiques de la région, provoquant quelques embarras de circulation. Globalement, tout se déroule bien. De manière ponctuelle, quelques excités tentent sans ménagement de franchir le barrage, provoquant des incidents parfois sérieux. Mais la plupart des automobilistes se montrent patients voire coopératifs. Dix mille tracts de sensibilisation sont distribués aux piquets et aux barrages. 
Ce lundi, les hôpitaux, les maisons de repos et les maisons de repos et de soin participent à la grève et travaillent en service minimum –ce qui n’était pas le cas lors de la grève régionale. L’enseignement est également mobilisé. 
Bien sûr, pas de train, pas de bus, pas de services postaux. 
«Beaucoup de gens se sont montrés solidaires, fut-ce de manière passive, remarque le secrétaire fédéral de Mons-La Louvière, Jean-Marc Urbain. Nos actions semblent mieux comprises. Nos militants se sont fortement investis. Ils sont fiers de la CSC, fiers de ce qu’ils ont réalisé, mais cette crainte est mêlée d’inquiétude. Le gouvernement va-t-il enfin entendre leurs revendications? Ils l’espèrent, mais ils en doutent et ils refusent de s’être battus pour rien.»

Dans le Luxembourg, la mobilisation va crescendo

La mobilisation ne faiblit pas au Luxembourg où elle va même crescendo. La grève est largement suivie, en front commun, et les grandes entreprises sont toutes à l’arrêt. Fait notoire, 80% des implantations scolaires –du fondamental au supérieur- ont décidé de ne pas travailler et cela sans aucune intervention de piquets bloquants. 
Dès le petit matin, les syndicalistes luxembourgeois mènent une spectaculaire «opération Escargot» sur l’autoroute E411. Elle va durer de 5h30 à 8h30, le temps de joindre Habay à Sterpenich. Objectif? Attirer l’attention sur le rôle important des services publics dans le bon fonctionnement de l’autoroute. Des services publics que les mesures du gouvernement fédéral vont précisément détricoter. L’opération veut aussi montrer les relations entre les mesures décidées par le gouvernement fédéral et les plans d’austérité budgétaire concoctés par l’Europe. Celle-ci ne met pas en place les mesures nécessaires pour contrer réellement le dumping social et elle n’intervient que fort timidement pour harmoniser la fiscalité dans le sens de plus d’équité… 
Les militants ne sont pas tous sur l’autoroute. Des piquets sont organisés en maints endroits de la province. Sans prétendre à l’exhaustivité, citons tous secteurs confondus, la fermeture à Arlon de l’Adeps, ASD, Autogrill, de la CSC bien sûr, mais aussi de Ferrero, Idelux, Ikéa, de la Maison de Justice, des Mutualités chrétienne et socialiste, de l’Onem, Ores, la Poste, la prison et l’administration provinciale. A Etalle, Valvert est à l’arrêt. Piquet aux Coeuvins à Habay, fermeture de Penning à Tintigny, la poste à Florenville, grève chez ADMR à Bertrix, piquet chez Collignon à Erezée, assemblées chez M.R. et au CPAS à La Roche, piquet chez Sita Wallonie à Tenneville, fermeture de Pierret System à Transinne, fermeture de la prison et dixc grévistes sur cinquante travailleurs au SP Finances à St Hubert. 
A Messancy, fermeture chez AGC, Ampacet, CMI Aubange, Cora, Federal Mogul, Magolux, Plan-It et service minimum à la résidence Mathelin. Belle mobilisation aussi à Bastogne avec la fermeture de la centrale de distribution d’Aldi, Autover, l’île aux bambins (dont le siège de Houffalize est également à l’arrêt) et le zoning 1. 
Le calme règne à Libramont où L’Oréal, la poste, la SNCB, le Tec et Solarec sont à l’arrêt et à Vielsalm où I.B.V., Hautes Ardennes et Spanolux ont des piquets résolus. 
Enfin, à Virton, l’administration communale compte quinze grévistes, Burgo est à l’arrêt, Jindal, Mima films et la poste sont fermés. 
A Marche où la ville semble endormie avec une grève dans les quatre crèches (la crèche communale, les Petites canailles, Zoulou et Petites Balouches), à l’administration communale, des fermetures chez Belair, Beldico, Carrefour et Delhaize, au Forem, chez Houyoux, O.A.F.L. et Ores, un service minimum à la prison et chez Reine des prés, un piquet chez SMB Technology, Socogetra à l’arrêt et Ter Beke au ralenti.    
Lors d’un rassemblement dans cette ville, Dominique Wilkin, secrétaire régional de la CSC-Services publics, a interpellé directement le ministre fédéral –bientôt- du cru: «Si nous sommes ici, c’est pour faire passer symboliquement le message à M. Borsu qui déclare qu’il sera prochainement citoyen marchois, que nous ne pouvons admettre la politique menée par le gouvernement fédéral.» Il rappelle qu’à Virton, la semaine passée, 35 travailleurs ont appris qu’ils seront mis au chômage dès le 2 janvier prochain, sans aucune possibilité de reclassement. «Nous refusons cette fermeture brutale et odieuse des services. Si les missions des services publics ne diminuent pas, le nombre de membres du personnel est en chute libre» clame-t-il.    
«La mobilisation est de plus en plus forte dans le Luxembourg, souligne le secrétaire fédéral, Bruno Antoine. Le 6 novembre, 2000 militants de la fédération se sont rendus à la manifestation à Bruxelles. Du jamais vu chez nous! Le 24 novembre, la grève régionale a été bien suivie. Toutefois, elle a doublé aujourd’hui! Le front commun est certainement un élément de réussite. Maintenant, nos militants attendent la réaction du gouvernement et du patronat. Si rien de bouge, ils se remobiliseront, car il n’est pas question pour eux de reculer maintenant.»

Brabant wallon: pressions sur les salariés

L’ambiance est bonne dans le Brabant wallon. Dès le matin, tous les accès aux zonings sont bloqués de même que les voieries des axes principaux. Quelques énervés tentent de passer en force, mais il n’y a heureusement pas d’incident majeur à déplorer. 
La plupart des entreprises – grandes et petites – sont donc fermées ou très ralenties malgré les pressions exercées par certains employeurs sur leurs salariés. 
C’est le cas, par exemple, au Chirec où la direction a demandé au personnel de venir dès le dimanche soir et de loger dans les lits où il n’y a pas de patients! Bien sûr, l’hôpital est l’objet d’une grosse action. Globalement, l’action est d’ailleurs très suivie dans le non marchand, dans l’enseignement ainsi que dans la plupart des secteurs.

En Flandre aussi...

C’était un des enjeux du plan d’action syndical de cette fin d’année: le mouvement allait-il être suivi de la même manière partout dans le pays? La réponse est oui. Comme lors de la manifestation du 6 novembre à Bruxelles, la participation aux grèves tournantes provinciales et à la grève nationale était forte au nord comme au sud de la frontière linguistique.
Succès déjà le 24 novembre dans les provinces d’Anvers et du Limbourg, où les grandes entreprises étaient fermées, comme Daf, Umicore et Monroe. Le mot d’ordre était bien suivi aussi dans les services publics et les transports en commun. A de nombreux carrefours et dans de nombreuses entreprises, des militants ont distribué des tracts pour expliquer le pourquoi de ces actions. A Anvers, une parade cycliste a sillonné la ville, en collaboration avec le mouvement citoyen «Hart boven hard». Dans et autour de la ville portuaire, près de 120 entreprises étaient en grève. A Hasselt, un cortège funèbre a visité les trois partis du gouvernement flamand en portant les cercueils du progrès social, du pouvoir d’achat et de la justice. A côté des piquets et des distributions de tracts, on a vu aussi de grands rassemblements sur la Grand-Place de Turnhout, à la salle Roma à Anvers, ainsi qu’à l’Arsenal de Malines.
Succès encore le 1er décembre dans les deux Flandre, avec beaucoup de réunions d’information et de distributions de tracts dans les entreprises et aux grands carrefours. Des piquets bloquaient les entrées de grandes entreprises comme Friesland-Campina, Bekaert et Roularta. La clinique universitaire de Gand appliquait le service du dimanche. Les transports publics étaient à l’arrêt, les ports étaient bloqués. Ypres a vu défiler une marche silencieuse. On travaillait dans quelques entreprises, mais avec peu de personnel.
Succès toujours le 8 décembre en Brabant flamand, avec beaucoup d’entreprises en grève et des barrages filtrants dans les zonings et aux nœuds routiers, notamment à Diegem, boulevard de la Woluwe. Les transports publics étaient quasiment à l’arrêt. Des grands magasins comme Makro à Machelen, Carrefour et Krëfel sont restés fermés. Brucargo était bloqué. A Louvain, étudiants et syndicalistes étaient côte à côte, par exemple à l’Alma (restaurant de l’université) et chez le recteur. On remarquait des piquets entre autres chez Delhaize à Zellik, chez Fabricom et Caterpillar à Grimbergen, chez Ansul à Grand-Bigard et chez Vanderperren à Berchem-Sainte-Agathe.
Par rapport aux grèves tournantes provinciales, la grève nationale du 15 décembre a donné lieu à beaucoup plus d’actions encore dans les entreprises et institutions du nord au pays, notamment dans les entreprises publiques, les hôpitaux et les écoles. Les ports de Gand et d’Anvers étaient bloqués. Les transports publics et le trafic aérien étaient à l’arrêt. Une parade à vélo a de nouveau traversé Anvers. Des centaines de cyclistes ont ainsi rejoint le théâtre Tonnelhuis, où l’auteur dramatique Erwin Jans s’est adressé aux participants: «Il ne s’agit pas seulement de mesures d’économie, mais d’un modèle de société. On se soucie exclusivement des chiffres, on ne se soucie plus de l’humain.»
Ici et là, Marc Leemans, président de la CSC, est venu encourager les grévistes. Comme chez Trading Michielsen à Anvers, le 24 novembre. «Nous avons besoin du soutien de tous les travailleurs, martelait-il. Car il faut renverser la vapeur. Il faut équilibrer la répartition des charges. Et une véritable concertation sociale doit débuter.»

Photos de la journée de grève

Un lundi pas ordinaire

Suivez la journée de Marie-Hélène Ska, secrétaire générale de la CSC, avec les militants et délégués à l'occasion de l'action de grève de ce lundi 24 novembre.
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