OUI à des allocations au-dessus du seuil de pauvreté !

Alors que le ministre de l’Emploi prépare un texte qui renforcera la dégressivité des allocations de chômage, les Travailleurs sans emploi (TSE) de la CSC sensibilisent à la situation précaire des personnes sans emploi via une campagne de témoignages et d’envoi de courriers.
En juillet 2018, le gouvernement fédéral donnait un fameux coup de soleil social dans le dos à cet été déjà torride en annonçant un accord sur un «deal pour l’emploi» visant à activer les demandeurs d’emploi et à résorber les métiers en pénurie. Parmi les mesures de ce «jobsdeal» se trouvait la réforme des allocations de chômage, portée par le ministre de l’Emploi Kris Peeters. Une réforme qui prévoit une dégressivité accrue des allocations chômage, allocations qui sont déjà parmi les plus basses d’Europe. Le postulat qui fonde cette réforme, factuellement contredit par nombre d’études réalisées à l’échelle internationale, est qu’un chômeur qui bénéficie de moins de ressources cherchera plus rapidement un emploi.

Une redistribution cynique

Dans les faits, les nouveaux chômeurs se verront imposer un renforcement de la dégressivité à partir du 1er janvier 2019: montant plus élevé pour les six premiers mois (pourcentage plus important du salaire ou plafond de calcul plus élevé) et diminution plus rapide après 12 mois. Les montants de la troisième période resteraient inchangés. L’accélération de la dégressivité s’accompagnerait d’un gel de la dégressivité pour les chômeurs qui entament une formation menant à un métier en pénurie. 
Cette opération, qui serait neutre sur le plan budgétaire, ressemble donc à une redistribution entre les chômeurs de courte durée et les chômeurs de longue durée. Une opération au détriment des plus faibles sur le marché du travail, qui courent donc un risque accru de chômage de longue durée. Si le «jobsdeal» a été approuvé en conseil des ministres le 25 novembre, une proposition du ministre Peeters concernant l’accélération de la dégressivité des allocations de chômage était attendue durant la deuxième quinzaine de novembre.
À l’heure où nous bouclons ce numéro de «L’Info», aucune proposition concrète n’a été annoncée. On peut par conséquent se demander si les mesures pourront encore être mises en oeuvre à partir du 1er janvier.

Double peine

Dans ce contexte, les Travailleurs sans emploi (TSE) de la CSC ont lancé la campagne «Diminuer encore les allocations? Je dis non!». Elle vise à faire entendre, sous la forme de témoignages de travailleurs militants et de sans-emploi, l’opposition de la CSC à ces mesures. «Quand j’ai reçu le courrier m’annonçant la diminution de mes allocations, je me suis demandé comment j’allais pouvoir finir le mois, témoigne Jean-Paul, qui poursuit actuellement une formation pour retrouver un emploi. Pour suivre ma formation, je dépense 280 euros en transport par mois. Je ne suis remboursé que de 165 euros. La dégressivité handicape encore plus les familles qui reçoivent déjà trop peu d’argent du chômage pour subvenir convenablement à leurs besoins
Ralia, déléguée syndicale chez Sodexo: «Je paie mes cotisations pour avoir cette assurance chômage, et je vois qu’elles reviennent sous forme de “tax shift” pour mon employeur. Le jour où je ne lui serai plus utile, j’aurai, avec cette dégressivité, une allocation de misère.» Le renforcement de la dégressivité ressemble plus à un obstacle supplémentaire qu’à l’incitant vanté par le gouvernement…
Les TSE invitent également les affiliés qui se rendent dans les centres de services et dans les «Pauses café» à rédiger un courrier manuscrit au ministre de l’Emploi, aux vice-Premiers ministres et aux présidents de parti. Ce courrier explique pourquoi la dégressivité est une mesure aberrante et démotivante. Une mesure qui, en octroyant «une véritable double peine à des personnes qui vivent déjà dans les difficultés au quotidien», risque de faire glisser certains chômeurs de la précarité à la pauvreté. 
Contact: Khadija Khourcha, responsable nationale des Travailleurs sans emploi - envoyer un email 

RALIA: «Aujourd’hui, les sanctions sont pour les travailleurs, pas pour les employeurs»

Témoignage de Jean-Paul