La suédoise? Le contraire de émancipation et du progrès

Les gouvernements régionaux et communautaires sont en place et ont commencé à travailler. Au fédéral, les négociations pour la mise en place d’une coalition de droite (NV-A, CD&V, Open VLD et MR) sont toujours en cours. Marie-Hélène Ska, la secrétaire générale de la CSC, a commenté pour «L’Info» les dossiers et les déclarations de la rentrée.

Comment la CSC réagit-elle aux informations sur les négociations fédérales qui filtrent dans les médias?

Tous les signaux montrent que les négociateurs suivent le carnet de route déposé par les employeurs. Leurs appels ont manifestement été entendus. Il faut croire que la nomenklatura patronale est plus efficace auprès de «la Suédoise» que les cris des milliers de manifestants descendus dans les rues au cours des derniers mois pour demander du boulot et un pouvoir d’achat décent. De plus, les mesures qui filtrent dans les médias sont autant de ballons d’essais qui masquent le vrai débat, celui d’une fiscalité juste.

Les employeurs réclament à cors et à cris une réduction du coût du travail. Est-ce possible?

La CSC a toujours été prête à en discuter à condition que cela soit une opération budgétairement neutre. Il faut en effet continuer à assurer le financement de la sécurité sociale et même l’améliorer. Or, tout ce qui transparaît aujourd’hui montre que l’on se dirige vers un relâchement de la pression fiscale, sans compensation. Nous savons que diminuer de manière linéaire les coûts salariaux, c’est renforcer les dividendes aux actionnaires! Travailler sur l’innovation, porteuse à long terme de valeur ajoutée, ne figure manifestement pas au menu des négociateurs.
Les déclarations sur les 40.000 emplois nouveaux censés générer de nouvelles cotisations sociales ne sont qu’une fumisterie! En effet, ces emplois sont déjà prévus et ils ne compensent pas le déficit entre les entrées et les sorties sur le marché du travail. Pour la CSC, la réduction du coût de travail doit concerner en priorité les salaires les moins élevés. Et les réductions envisagées doivent se faire au travers d’un «tax shift». Il faut taxer les plus-values, les revenus mobiliers… mais en aucun cas on ne doit les faire payer par les travailleurs et les allocataires sociaux en augmentant les accises ou la TVA. Rien sur la globalisation des revenus ni sur un impôt sur la fortune, c’est de la provocation alors que le nombre de millionnaires ne cesse d’augmenter en Belgique.
Il est aussi à nouveau question d’un saut d’index.
Toucher à l’index est inacceptable. Ce serait diminuer le pouvoir d’achat des travailleurs alors que l’inflation est quasi nulle et que l’on est au bord de la déflation, ce qui représente un vrai danger pour la croissance. Il serait beaucoup plus profitable de mieux réguler les prix de l’énergie qui coûte très cher aux ménages et aux entreprises. Toucher à l’index n’a aucun sens, c’est une provocation de plus.

Les négociateurs semblent préparer de nouvelles mesures contre les chômeurs et veulent une réforme «ambitieuse» des pensions.

Lier le chômage à la durée de vie active serait la négation même du principe de solidarité qui fonde notre système. Quant aux pensions, nous avons déjà une condition de carrière de 45 ans. C’est l’une des plus longues d’Europe. Et le départ réel à la pension est largement inférieur à 65 ans. Vouloir durcir encore les conditions de carrière ou repousser l’âge de la retraite, c’est mettre en grande difficulté les personnes qui sont actuellement sur le marché du travail et réduire les possibilités des jeunes d’entrer dans un emploi. Si on additionne toutes les mesures envisagées, notre modèle actuel de famille nucléaire est directement menacé: les jeunes vont rester de plus en plus longtemps chez leurs parents et les plus âgés retourner chez leurs enfants.
C’est un retour à la solidarité familiale en lieu et place de la solidarité collective et un énorme recul social. C’est le contraire de l’émancipation et du progrès. La Suédoise, c’est le partage de la misère pour permettre aux riches de continuer à augmenter leurs profits.
Une interview parue dans l'INFO n°36