Faire entendre la voix des francophones

225 congressistes ont participé le 28 février au premier congrès francophone de la CSC. Si la CSC a une longue tradition de congrès, c’est la première fois qu’elle réunit les francophones de Wallonie et de Bruxelles. Dans une Belgique de plus en plus régionalisée, la nécessité d’une «solidarité francophone» s’est fait sentir au sein de la CSC. La Communauté française, rebaptisée Fédération Wallonie-Bruxelles, gère encore des compétences importantes que partagent les francophones bruxellois et wallons: l’enseignement, la culture, l’accueil de la petite enfance, la jeunesse et l’aide à la jeunesse, l’éducation permanente, le sport… 
«Nous, francophones wallons et bruxellois de la CSC, nous mettons les citoyens au centre de nos réflexions, chacun dans leurs singularités, tenant compte de leurs préoccupations et de leurs besoins, a déclaré Anne Léonard, secrétaire nationale en charge des Affaires bruxelloises, en ouverture du congrès. Nous souhaitons que la Communauté française continue à jouer le rôle qui lui est imparti, en améliorant ce qui doit l’être, en dialogue pour un projet francophone. Les résolutions qui seront adoptées au terme de ce congrès résumeront les points essentiels des fondamentaux sur base desquels les militantes et militants wallons et bruxellois s’uniront. Nos résolutions seront autant de signaux adressés aux responsables politiques.» 

Pour un pacte social francophone

Lors de cette journée de congrès, 19 lignes de force ont été soumises à la discussion et à l’approbation des congressistes. Divisé en deux chapitres, le texte réclame d’une part un «pacte social francophone», une sorte de plan Marshall pour les compétences gérées par la Fédération Wallonie-Bruxelles qui permettrait de dégager des moyens financiers supplémentaires. La 2ème partie traite des «compétences communautaires»: l’enseignement obligatoire, l’enseignement supérieur, la petite enfance, la jeunesse, l’éducation permanente, la culture, le sport et la sécurité sociale (1).
Répartis en quatre sections, les participants ont proposé les derniers amendements au projet de lignes de force déjà débattues abondement dans les centrales, les fédérations et les groupes spécifiques. 
La section qui a suscité le plus de débats est sans surprise l’enseignement. Sur fond de Pacte d’excellence, l’enjeu majeur est que l’école puisse assurer son rôle d’ascenseur social et d’effaceur des inégalités sociales, rôle qu’elle ne remplit plus. Comment y parvenir? 
Pour assurer l’école de la réussite, la CSC francophone demande par exemple que le nombre d’élèves soit limité à 15 dans les classes maternelles et que le tronc commun soit obligatoire jusqu’à 15 ans pour tous les élèves. Question essentielle qui a fait débat: est-ce l’école qui doit s’adapter aux horaires de travail des parents et à la flexibilité toujours plus grande demandée par les employeurs, ou l’horaire scolaire doit-il avant tout répondre aux rythmes des enfants? Auquel cas, comment concilier les horaires de travail avec ceux de l’école, comment réellement concilier vies professionnelle et privée?...
Plusieurs propositions d’amendement qui n’ont pas obtenu le score des 2/3 de vote dans les sections ont fait l’objet de vote en séance plénière. Ce qui montre la dynamique de la réflexion, de la participation et du processus démocratique de ce congrès. 
Dans son discours de clôture, Marc Becker, secrétaire national en charge des Affaires wallonnes et francophones, s’est interrogé sur les risques de la régionalisation de certaines compétences fédérales: «Dans le débat actuel du "tout aux Régions" ou du "maintien absolu de la Fédération Wallonie-Bruxelles", la CSC a pris le temps de se poser la question, de peser les avantages et les inconvénients. Pourtant, les travailleurs des secteurs concernés que nous avons rencontrés en grand nombre en préparant ce congrès se posent réellement la question de l’intérêt que l’on y retrouverait. En quoi régionaliser l’enseignement primaire serait un facteur de développement de l’économie? Je dis cela car beaucoup avancent le fait qu’une régionalisation de l’enseignement va permettre de mieux répondre aux besoins des entreprises. Or dans les faits, il existe déjà aujourd’hui des bassins emploi-formation enseignement qui permettent d’adapter l’offre d’enseignement en fonction des réalités sous-régionales. Autre exemple: En quoi est-ce qu’une régionalisation de la recherche fondamentale va permettre à nos chercheurs d’être plus performants? Et de plus, est-on conscient que, dans ce tout petit pays qu’est la Belgique, régionaliser les matières de la fédération Wallonie-Bruxelles, cela signifie la création de nouvelles administrations... pour sans doute moins d’efficacité, car les moyens des Régions wallonne et bruxelloise ne permettraient en aucun cas de le faire dans un contexte budgétaire revu à la hausse

Bulles d’air

Un congrès, c’est de la réflexion, des discussions animées qui doivent aboutir à des votes majoritaires pour l’adoption des lignes de force. Il y a aussi des moments d’aération. 
L’humoriste Kody a fait rire les congressistes avec ses blagues corrosives, à prendre au 1er et au second degré. «Je suis né au Zaïre. Je suis un humoriste belge. Je représente une des couleurs du drapeau belge… Quand on est belge et qu’on n’a pas de boulot, on est Carolo. Je n’ai rien contre Charleroi, le pays noir, vous pensez bien… Si je suis là devant vous, c’est à cause de l’abolition de l’esclavage. Ou bien je serais devant vous, mais ce serait le marché aux esclaves… Parfois, pour l’argent, on fait des trucs qu’on ne ferait pas. Du coup, je suis venu aujourd’hui pour vous divertir…» 
La journaliste, Myriam Leroy, autrice du livre «Ariane», a apporté sa réflexion sur le rôle de la culture. Elle nous a invité à devenir acteur-actrice de culture: «Mon message ne sera donc pas "consommez de la culture", mais plutôt "faites-en". Écrivez, jouez, photographiez, peignez, dites quelque chose, dites qui vous êtes. Qui suis-je pour vous dire ça? Personne. Juste quelqu'un qui a envie de vous lire, de vous regarder, de vous connaître en fait. Il faut le faire même et surtout si on ne se trouve pas de talent, pas de légitimité, personne n'est légitime, tout le monde est légitime. Il faut prendre la parole, parce que ce sont toujours les mêmes qui parlent, les puissants, les possédants, ceux qui ont des réseaux. Votre histoire, personne ne la racontera pour vous. Et s'il faut la raconter, c'est pour la faire connaître, c'est pour exister, mais c'est aussi pour se défendre, pour rendre les coups. Écrire, créer, jouer, c'est réclamer justice, c'est aussi se la faire soi-même. Il y a, je crois, plus de justice dans une fiction que dans une salle d'audience. Quand on ne nous donne pas la parole, il faut la prendre
Ce premier congrès francophone a permis aux acteurs de la CSC francophone, délégués et militants, de faire entendre leur parole au départ de leur expérience de vie, du secteur dans lequel ils travaillent… Et si les politiques ne nous entendent pas tout de suite, surtout continuons à être acteurs de culture et à faire entendre notre voix en «solidarité francophone».
 (1) La sécurité sociale n'est pas une compétence communautaire mais certains pans tels que les allocations familiales, certains volets des soins de santé, l'allocation d'aide aux personnes âgées ont été défédéralisés et rendent nécessaire de coordonner et d'assurer les conditions de mise en œuvre les plus égalitaires possible.