Le travail de nuit nuit à la santé

Travailler dans l’obscurité ou très tôt le matin, ce n’est pas anodin pour la santé. De nombreuses études scientifiques mettent en évidence le risque accru d’affection cardiaque ou vasculaire, de cancer du sein ou encore d’ulcère à l’estomac.
Pour les causes, on renvoie souvent à notre horloge biologique: dans le corps humain, comme chez les mammifères, différents processus physiques se déroulent au cours d’un cycle d’environ 24 heures. Ils concernent la température du corps (en principe, on relève un pic en fin de matinée et une baisse très tôt le matin), mais également le rythme respiratoire, la production des hormones, la division cellulaire, etc. Chez les travailleurs en équipes-relais, ces cycles s’estompent généralement, mais ils ne disparaissent pas, et on ne parvient pas à les enrayer totalement.

Divers problèmes de santé

Le manque de sommeil et la fatigue qui en découle sont les phénomènes les plus documentés et les plus évidents chez les travailleurs de nuit. Travailler la nuit entraîne inévitablement un déficit de sommeil d’une heure ou deux. La perturbation de l’horloge biologique entraîne en effet une diminution de la production de mélatonine, véritable hormone du sommeil. Or, le manque de sommeil chez les travailleurs entraîne des troubles de l’humeur, les rendant plus irritables. Le travail de nuit complique aussi la vie familiale et sociale, pourtant très importante pour l’équilibre mental…
Le manque de sommeil a aussi une répercussion immédiate sur le niveau de concentration et de vigilance. Des recherches ont montré que le dernier quart de nuit est la période qui comporte le plus d’accidents de travail, même s’il faut souligner que le rythme et la complexité des processus industriels sont souvent réduits la nuit. Ce n’est pas un hasard si de grandes catastrophes industrielles telles que les accidents nucléaires de Tchernobyl et de Three Mile Island à Harrisburg aux États-Unis, le naufrage du pétrolier Exxon Valdez et l’explosion de la navette Challenger ont été provoquées tôt le matin par des travailleurs qui avaient déjà une longue nuit de travail derrière eux.
Des études scandinaves font état également d'un risque accru d’affection cardiaque ou cardiovasculaire après plusieurs années de travail décalé. Selon certaines estimations, le risque de développer une affection cardiaque serait de 40% plus élevé chez les travailleurs de nuit que chez les travailleurs diurnes.
Les travailleurs en équipes-relais rencontrent également davantage de problèmes de digestion, de douleurs intestinales et de maux de ventre. Ils s’alimentent en effet à des heures où les organes sont programmés pour se mettre au repos, et beaucoup s’alimentent mal, optant souvent pour une nourriture rapide, au détriment de repas sains qui demandent du temps de préparation.
Le cancer semble également plus fréquent chez les travailleurs de nuit et en équipes-relais. Récemment, une étude danoise a établi un lien entre un nombre élevé de cas de cancer du sein chez des femmes âgées d’entre 30 et 54 ans qui travaillent la nuit. Plusieurs études, souvent menées auprès du personnel infirmier, ont confirmé ces constatations. Le monde scientifique n’a pas encore dégagé de consensus à ce sujet. Pour les causes, on renvoie aux processus hormonaux et à la perturbation du rythme biologique.
Le travail de nuit et en équipe-relais est également associé à des problèmes qui surviennent pendant la grossesse: naissance prématurée, poids trop faible de l’enfant à la naissance, fausses couches plus fréquentes. De nombreuses études attestent également ces effets.