Pensions: On ne va pas se laisser faire !

70.000 personnes ont pris part à la marche pour les pensions, ce mercredi 16 mai, à Bruxelles. Ambiance bon enfant, détermination sans faille. La mobilisation pour des pensions dignes et justes est plus forte que jamais.
«Je n’aurais manqué cette marche pour rien au monde. Avec mes collègues, nous nous sommes inscrites dès que cela a été possible, affirme Giulia. Vieillir dignement, c’est un droit. Nos grands-parents se sont battus pur cela. On ne va pas se laisser dépouiller sans rien dire. Si on cède, ce sera pire encore pour nos enfants, pour nos petits-enfants. Être ici, c’est une évidence, c’est indispensable.» En vert, un bandeau rose éclatant dans les cheveux pour marquer le tort particulier causé aux femmes, elle incarne bien l’état d’esprit de la marche. Inquiétude, indignation, colère, révolte et beaucoup de détermination, c’est toute la gamme des sentiments qui animent les 70.000 manifestantes et manifestants réunis pour la marche sur les pensions, à Bruxelles, ce mercredi 16 mai, à l’appel du front commun syndical. 
70.000 personnes. Hommes, femmes, jeunes, aînés, tous ont répondu à l’appel, tous se sentent concernés. Ils sont originaires de Bruxelles, de Wallonie, de Flandre et représentent tous les secteurs. Il y a plus de monde qu’en décembre dernier (25.000 manifestants), preuve que la mobilisation ne faiblit pas, bien au contraire. Les travailleurs et travailleuses avec et sans emploi, les retraités et préretraités sont aussi mieux au courant de ce qui les attend. Le «Journal des pensions», largement diffusé par le front commun CSC et les autres syndicats, a mis les points sur les i et permis à chacune et chacun de se faire une idée de ce qui les attend. D’ailleurs, certains parlementaires rencontrés par les militants et militantes CSC de différentes fédérations en ont eux-mêmes été ébranlés! 
Gare du Nord. Il est 11 h. Le long cortège se met en route. En tête, les leaders des trois syndicats immédiatement suivis par le «Gang des vieux en colère», drôles et sympas. Beaucoup de vert, beaucoup d’animations, de chants, de musique. L’ambiance est détendue, la détermination farouche. 
On repère de loin les militants et militantes d’ACV-CSC Metea qui ont fixé des boules de Lotto sur leurs casques et leurs casquettes. Une façon spectaculaire et ludique d’affirmer que la pension ne peut pas être une loterie. La pension à points, personne n’en veut!
La CSC-BIE a installé une vaste banderole qui interroge: «Qui seront nos futurs collègues?» Réponse: une série de visages d’aînés et d’aînées et la possibilité de glisser le sien parmi eux. Travailler plus longtemps pour une pension moindre, cela ne passe pas. N’avoir toujours pas d’accord sur les critères de pénibilité des métiers, cela ne passe pas davantage. Les enseignants, venus en nombre, partagent la même revendication. Marie-Hélène Ska, secrétaire générale de la CSC, a d’ailleurs une nouvelle fois rappelé cette revendication en radio le matin même: «Nous voulons une reconnaissance des critères psychosociaux dans la pénibilité du travail. Je pense notamment aux enseignants et puéricultrices.»
Tour des Finances. Des militants et militantes s’affairent à charger des sacs de jute (censés être remplis de billets de banque) sur un camion qui les acheminera jusqu’à la tour des Pensions. Le symbole est clair. De meilleures pensions sont possibles: c’est une question de choix politique. En Belgique, les pensions représentent 10,2 % du PIB; ce montant passe à 10,6 % en Allemagne et à 13,8 % en France. Cela, les employeurs n’en disent rien. D’habitude pourtant, ils sont toujours prompts à comparer notre pays avec nos voisins… «Nous sommes encore animés par la volonté de vivre dans une société juste et solidaire», affirment des militants de la CSC Mons-La Louvière qui rappellent que les pensions belges sont parmi les plus basses d’Europe.
Les militants et militantes de la CSC-Liège ont imaginé un jeu de fléchettes spectaculaire: si la fléchette vise le 6, vous n’avez pas survécu au-delà de 67 ans! Si elle vise le 7, vous avez droit à la Grapa, le 8, c’est la pension loterie, le 9, vous y êtes presque et le «1à», dans le cœur de la cible, c’est une pension décente pour tous. Et c’est le but des 70.000 manifestants.
Mont des arts. Les Femmes CSC, en front commun, ont installé leurs tapis multicolores. Le noir, c’est celui que le ministre Bacquelaine veut faire emprunter aux femmes, particulièrement malmenées par sa réforme. Le vert, le bleu et le rouge, ce sont ceux que proposent les trois syndicats. Ruban rose sur leurs chapeaux, leurs vêtements, en bandana, militantes et militants dessinent l’avenir qu’ils veulent et refusent celui que le gouvernement veut imposer.    
Boulevard de l’Empereur. Les Seniors-CSC ont planté leur stand devenu une halte incontournable sur le parcours. Quelques sièges, des morceaux de cake et de gâteau maison et l’accueil chaleureux des aînés toujours militants, toujours déterminés. Ils vantent à qui veut l’entendre les méfaits de la réforme Bacquelaine. L’intervention matinale du ministre sur les ondes a enflammé les esprits: il ne veut rien entendre, il s’obstine, il ignore ce que concerter veut dire… «Le ministre Bacquelaine, c’est l’indifférence totale par rapport aux problèmes que les gens vivent avec leur pension», souligne Marie-Hélène Ska.  
Gare du midi. Militants et militantes transfèrent les sacs de jute amenés de la tour des Finances. Le début du cortège est arrivé depuis bien longtemps quand arrive la fin de la marche. Pas de discours, mais des capsules vidéos des leaders des trois organisations syndicales qui remercient participantes et participants et rappellent, une fois encore, les revendications principales de la marche. Celle-ci constitue une étape importante du long combat pour des pensions dignes et justes. 
La lutte continue.
© photo : Aude Vanlathem