Jobs, jobs, jobs... oui mais lesquels?

Le collectif Tam Tam, qui rassemble de nombreuses organisations de la société civile, dont les syndicats, a lancé son troisième thème de campagne consacré à l’emploi.
«Depuis le début du gouvernement Michel, 185.000 emplois ont été créés, principalement dans le secteur privé» a martelé le MR le 1er mai. Doit-on s’en réjouir ? Des chercheurs issus du monde syndical et universitaire se sont penchés sur cette question dans une étude réalisée dans le cadre de la campagne Tam Tam. Selon eux, l’emploi a bien augmenté de 114.199 unités entre 2014 et 2017 mais cette augmentation est majoritairement due au développement des emplois à temps partiel (48,9%), intérimaires ou occasionnels (24,4%). En fin de compte, l’emploi régulier à temps plein ne concerne qu’un peu plus du quart des emplois supplémentaires. 
Les mesures du gouvernement (tax-shift, baisse des cotisations patronales…) ont-elles eu un impact positif sur la création d’emploi ?  
Pas pour plus de 13% nous disent les chercheurs. Le reste est lié à une amélioration de la conjoncture. La politique du gouvernement apparaît donc essentiellement axée sur la croissance du taux d’emploi quelle que soit la qualité de l’emploi. Conséquence : la précarité semble s’être installée durablement sur le marché de l’emploi en Belgique. Une des caractéristiques de ce phénomène s’observe dans l’augmentation de la proportion de temps partiels chez les femmes. Seuls 8% des temps partiels seraient librement choisis. La plupart sont subis parce que le marché du travail ne propose pas de temps plein ou que les contraintes de vie empêchent de travailler à temps plein. Le temps partiel constitue donc encore le premier facteur d’inégalité entre les hommes et les femmes sur le marché du travail. 
Les chercheurs relèvent également que la précarité de l’emploi s’observe également par l’augmentation des emplois temporaires qui touchent 36% des jeunes travailleurs de 16 à 35 ans.
Les difficultés à articuler vie professionnelle et vie privée se font également sentir chez de plus en plus de travailleurs. Une majorité croissante de la population déclare manquer de temps et en perdre la maîtrise.  En effet, plusieurs recherches sociologiques pointent qu’une écrasante majorité des travailleuses et travailleurs belges (70%) estiment manquer de temps. 58% d’entre eux disent perdre la maîtrise de leur temps. Ce qui n’est pas sans expliquer l’augmentation des burnouts et autres types d’incapacité de travail. Et la restriction des divers droits qui permettent aux travailleurs de lever le pied (crédit-temps, prépension) n’est pas près de s’améliorer.
En matière de création d’emplois, les résultats du gouvernement Michel sont inférieurs à ceux de la zone euro. Sur la période 2015-2016, l’emploi salarié n’a augmenté que de 0,7% contre 3,1% dans la zone euro. Ce résultat, décevant au regard des ambitions du gouvernement, contraste avec les périodes antérieures. 
La rhétorique de la création d’emplois est servie comme un argument définitif marquant le succès des politiques de tous les gouvernements. Le modèle défendu par le gouvernement Michel consiste cependant essentiellement à stimuler un plus grand nombre d’emplois par des emplois de moindre qualité, donnant accès à moins de droits, concluent les auteurs de l’étude.