Le goût amer du chocolat

«Tant que la pauvreté, le travail des enfants et la déforestation séviront dans le secteur du cacao, le chocolat restera un plaisir coupable». Avec d’autres syndicats et ONG, la CSC-Alimentation et services se bat pour des revenus décents pour les petits cultivateurs de cacao.
L’histoire du chocolat belge remonte à la fin du XIXe siècle. Les fèves de cacao entraient en Europe notamment par le port d’Anvers, dont le développement favorisera l’exploitation du chocolat en Belgique et le savoir-faire renommé de nos chocolatiers.
Aujourd’hui, ce secteur occupe chez nous environ 7.000 personnes. Il y a des multinationales, comme Barry Callebaut et Cargill, et quelques grandes entreprises comme Kraft et Ferrero. À côté de cela, il y a également des acteurs de taille moyenne tels Guylian, Leonidas, Neuhaus, Hamlet, Libeert, Baronie, ainsi qu’un grand nombre de très petits chocolatiers et praliniers.
La CSC-Alimentation et services défend les intérêts des travailleurs de ce secteur. Depuis quelques années, elle s’intéresse aussi de très près au sort de ceux qui produisent les fèves de cacao, essentiellement en Afrique de l’Ouest. Beaucoup mènent en effet une existence misérable et en arrivent même à laisser tomber cette culture moins lucrative que l’huile de palme ou le caoutchouc, par exemple.

Action internationale

Avec d’autres partenaires syndicaux internationaux, la centrale réfléchit donc à la meilleure façon d’aider ces cultivateurs à s'organiser en coopératives et de faire en sorte qu’ils reçoivent un juste prix pour leur travail. Des échanges syndicaux ont eu lieu à plusieurs reprises sur le sujet avec des collègues néerlandais, allemands, polonais, canadiens, brésiliens, ivoiriens… L’objectif des syndicats est de coopérer au niveau international pour garantir un cacao plus équitable et plus durable.
«Œuvrer pour un revenu décent pour les cultivateurs du Sud, c’est aussi le meilleur moyen d’assurer la sécurité d’emploi des travailleurs du reste de la filière», explique Olivier Buyse, secrétaire régional de la CSC-Alimentation et services.
Fin avril, il a participé, avec quatre autres militants et collègues, à une conférence mondiale sur le cacao qui a eu lieu à Berlin. Un méga-événement qui a rassemblé plus de 1.500 participants issus de 64 pays: cacaoculteurs, entreprises, gouvernements de pays producteurs, gouvernements de pays consommateurs, ONG, syndicats…
Le coup d’envoi de la conférence a été marqué par une action menée par… des enfants! «Plus de deux millions d’enfants travaillent dans le secteur du cacao au Ghana et en Côte d’Ivoire. Certains travaillent dans l’exploitation de leur famille. D’autres sont les victimes de trafics humains. Plusieurs écoles allemandes se sont mobilisées pour dénoncer cela. Un cortège a ensuite été organisé à l’extérieur du bâtiment. Cette mobilisation a été fort suivie dans les médias. Bravo à ces jeunes Allemands!», souligne Olivier.

Interpellation le 12 juin

Outre le travail des enfants, de nombreux autres défis à relever ont été abordés lors de cette conférence: continuité et suffisance de la production de cacao, relations commerciales, déforestation, mais aussi revenu décent pour les cacaoculteurs. 
 
«Quand on sait que seulement 6% des revenus totaux de la chaîne du cacao leur reviennent, qu’ils vivent avec 500 dollars par an, on se dit qu’il y a un sérieux problème. Le chocolat certifié est un début de solution, mais ce n’est certainement pas suffisant. Nous avons également un rôle à jouer comme consommateurs, en choisissant des produits équitables, mais aussi en faisant pression sur les grands groupes qui peuvent influencer le marché."
Faire pression sur les grands acteurs du secteur, c’est ce qu’essaient de faire les délégués CSC dans les entreprises belges du secteur du chocolat. Le 12 juin prochain, dans le cadre de la Journée internationale contre le travail des enfants, la CSC-Alimentation et services mettra à l’ordre du jour des différents conseils d’entreprise du secteur une liste de questions destinées à inciter les directions à s’interroger sur les possibles violations des droits de l’homme dans leur chaîne d’approvisionnement.