14 décembre: une mobilisation massive et bien reçue

Pénibilité, fin de carrière, pouvoir d’achat… L’accumulation de dossiers a mobilisé massivement les travailleuses et les travailleurs le 14 décembre dernier.
Un succès. C’est sans aucun doute le terme qui peut être utilisé pour qualifier la journée d’action contre la politique du gouvernement fédéral qui s’est déroulée le 14 décembre dernier. De très nombreuses actions sectorielles et intersectorielles ont été menées dans toutes les régions du pays, malgré le froid glacial, pour dénoncer la dégradation croissante des conditions de travail, la stagnation salariale et la mise à mal des conditions de fin de carrière.
Autre bonne nouvelle: les permanents des centrales et des fédérations qui ont participé aux actions de cette journée renvoient le même écho: les actions et les revendications portées ce 14 décembre semblent avoir été mieux reçues par la population et par les automobilistes que lors des dernières actions. Nombre d’entre eux ont également pointé les contacts plutôt positifs avec les Gilets jaunes présents à certains points d’action et la similarité de nombreuses revendications socio-économiques.

Une boussole pour la route

Dans le Brabant wallon, des piquets ont fleuri devant diverses entreprises de la région: les carrières de Quenast, Automatic System à Wavre et Twin Disc et TD Williamson à Nivelles. Les entrées des zoning de Nivelles et de Saintes ont été bloquées par des militants de la CSC-Transcom Route et Logistique et de la CSC-Bâtiment industrie & énergie (CSC-BIE), empêchant l’accès à des entreprises telles que STEF, SDIL, Van Mieghem Logistics ou encore l’entreprise de construction Franki.
Une délégation de trois permanents CSC (BIE, Metea et CNE) a également rencontré l’administrateur délégué de l'Union wallonne des entreprises (UWE), Olivier de Wasseige, dans les locaux de l’organisation patronale, à Wavre, pour lui remettre leur cahier de revendications… et un petit cadeau: une boussole. "Pour qu'il retrouve le chemin qui rencontre les intérêts des travailleurs, s’amuse Lahoucine Ouhribel, secrétaire principal ACV-CSC-Metea, qui a participé à cette rencontre. Avec un salaire minimum à 11,93 euros dans le secteur du métal, il est très difficile d’avancer dans la vie. C’est pourtant le salaire de nombreux travailleurs. Une proposition claire a été faite: mettre en place, dans les conseils d’entreprise, des outils permettant plus de transparence quant à l’affectation des sommes permises par la diminution des taxes patronales dans le cadre du tax shift. La proposition a été plutôt bien reçue. Il s’agit maintenant de la modaliser."

Soutien du grand public

Dans le Hainaut, de nombreuses actions ont eu lieu dans et autour des grands centres urbains. L’appel à une grève de 24 heures lancée par l'ACV-CSC-Metea a été bien suivi. "Même le secteur Horeca, plus difficile à mobiliser, a bien suivi avec des fermetures chez Lunch Garden et McDo", s’enthousiasme Rachel Michel, chargée de communication à la CSC-Alimentation et services.
Dans la région de Charleroi, les actions se sont inscrites dans le contexte particulier d’une veille d’accord interprofessionnel (AIP) afin de montrer aux organisations patronales que les syndicats sont prêts à durcir le mouvement si, lors du début des négociations, aucune marge salariale n’était mise sur la table. Dans ce contexte, une opération escargot s’est déroulée à Charleroi, en front commun CGSP et CSC-Services publics, menée par un cortège d’une trentaine de camions poubelles qui est passé par l’hôtel de ville, dont plusieurs services ont été fermés à l’occasion des actions. Une délégation a été reçue par une représentante de la Ville pour entendre les doléances. Parallèlement à des actions de distribution de tracts dans les zonings et centres commerciaux, de nombreux piquets de grève se sont installés devant les entreprises, comme devant l’entreprise Bidfood à Thuin, avec la CSC-Alimentation et services, ou encore devant la Sonaca, Industeel ou Aperam, soutenus par l'ACV-CSC-Metea. Les secteurs du bâtiment, de l’industrie et de l’énergie ont également bien suivi l’action: "Tout le secteur du verre et de la transformation du carton était en grève, ainsi qu’une partie des entreprises de travail adapté et des imprimeries", se réjouit Marc Moreau, secrétaire régional CSC-BIE.
Opération réussie également dans tous les secteurs de la région de Mons-La Louvière. "Toutes les entreprises structurées ont organisé des blocages devant les entreprises, des distributions de tracts, des assemblée, et ce tant dans le privé que dans le public", se félicite Marie Marlier, coordinatrice à la CSC de Mons-La Louvière. En effet, dans le Centre, l’ensemble des zonings industriels ont été bloqués, et les administrations communales et les CPAS étaient fermés. De nombreuses entreprises du Borinage et du Centre étaient également en grève, comme H&M Logistique, Wanty ou AW Europe. "Nous avons filtré le trafic au rond-point de la Route de Wallonie, et nous avons eu un bon accueil de la part des usagers de la route. Les gens commencent à être conscientisés. Pas un râleur!", s’étonne presque Bertrand Merlevede, permanent CSC-Transcom Route et Logistique. "Beaucoup de personnes nous ont dit qu’elles soutenaient nos actions et nos revendications, même si elles ne suivaient pas la grève", ajoute Marie Marlier, qui participait à des distributions de tracts dans les gares, des centres commerciaux et des marchés à Mons et à La Louvière.
Enfin, dans le Hainaut occidental, plusieurs zonings industriels ont été bloqués par le front commun syndical CSC-FGTB. À Mouscron, Tournai, Leuze et Ghislenghien par exemple, une centaine de personnes ont participé à des blocages d’entreprise, et des barrages filtrants ont été mis en place à divers ronds-points. La CSC du Hainaut occidental avait organisé la distribution d’une «poire pour la soif" aux automobilistes au rond-point "Haricot" permettant l’accès au centre de Tournai. "Parce qu’on ne sait pas de quoi demain sera fait en matière de pension", précise Maïté Snyders, permanente à la CSC du Hainaut occidental. "À un autre rond-point, nous avions placé une bâche barrée d’un appel aux automobilistes: "Klaxonne si tu as un métier pénible". Ce fut un véritable concerto."

Une rencontre constructive

Mobilisation importante également dans la province de Namur pour l’ensemble des secteurs. Environ 400 syndicalistes ont manifesté devant le siège du MR et les bâtiments de l’Union des classes moyennes (UCM) à Namur.
Une rencontre en front commun CSC-FGTB était prévue avec les présidents de la Confédération construction Namur et Brabant wallon à Jambes pour aborder la question de la pénibilité. "La réunion s’est bien passée. Ils avaient même prévu du café!", se réjouit Thibaud Ponce, secrétaire régional de la CSC-BIE. "Ils reconnaissent la légitimité de nos revendications: travailler jusqu’à 67 ans n’est pas tenable dans les métiers de la construction. S’ils n’ont pas souhaité signer la pétition pour des raisons sémantiques, ils se sont engagés à demander à la Confédération construction nationale d'envoyer un courrier aux organisations syndicales marquant leur soutien à nos revendications sur les métiers pénibles dans le secteur." Une rencontre du même ordre avec la Confédération construction Luxembourg est déjà à l’agenda.
La CSC-BIE Namur-Brabant wallon a également eu l’occasion de faire circuler une pétition, rédigée en front commun avec la Centrale générale de la FGTB, à l’attention du ministre de l’Emploi. Elle reprend les principales revendications portées par les travailleurs du secteur à l’occasion de cette journée de sensibilisation: maintien des emplois de fin de carrière à 55 ans avec allocation pour les catégories "carrière longue" et "métier lourd" et l’accès au régime de RCC (prépension) à partir de 58 ans pour les métiers lourds et les carrières longues, sans disponibilité sur le marché du travail et sans impact négatif sur le montant net de la pension.

L’hôpital malade

Dans les régions de Liège et de Verviers, l’appel à soutenir la journée d’action syndicale a été massivement entendu et surtout suivi dans plus d’une centaine d’entreprises, que ce soit dans le transport et la logistique ou dans l’industrie, comme chez Newelec à Herstal, entreprise du président de l'Union wallonne des entreprises. Les travailleurs, rejoints par des représentants de l'ACV-CSC-Metea, se sont rassemblés autour d'un feu pour faire pression sur leur employeur pour la reconnaissance des métiers lourds, les RCC, les fins de carrière et l’augmentation du pouvoir d’achat.
Un rassemblement interprofessionnel s’est également déroulé devant le CHU de Liège, un des plus importants employeurs publics de la région. Les grévistes plaçaient des tracts sur les pare-brise des voitures, chantaient des chansons remises au goût du jour, et portaient haut des pancartes revendicatives à l’adresse du gouvernement: "Salaires de misère", "Pension à 65 balais", etc. Même topo devant la clinique Saint-Joseph où 300 militants en front commun CNE-Setca-CGSLP ont distribué de la soupe et distribué des tracts à des passants, particulièrement réceptifs aux revendications.
"Les Gilets jaunes étaient présents sur de nombreux piquets, soit physiquement, soit dans les conversations, constate Rachel Michel. Les permanents et les délégués ont fait le constat que même les couples où les deux partenaires travaillent ont des difficultés à joindre les deux bouts."

Ras-le-bol général

Enfin, à Bruxelles, une trentaine de militants et permanents de la fédération CSC de Bruxelles et de différentes centrales et groupes spécifiques, du Moc, des Équipes populaires, de Vie féminine étaient au rendez-vous de 7h du matin pour faire le tour de piquets de grève dans la région: Atalian, Renew, Sodexo, Sodraep et Sita Suez Environnement. En solidarité, ils ont apporté du café et des croissants, et de l’animation plus politique: slogans et chants pour réchauffer les cœurs et la détermination des grévistes. La Région bruxelloise comptait une quinzaine de piquets de grève et une dizaine d’actions de sensibilisation. Comme en Wallonie, les revendications portaient sur les salaires et la pénibilité, notamment dans le bâtiment.
Autour de 1.300 militants se sont ensuite rassemblés devant la Fédération des entreprises de Belgique (FEB), rejoints par le Gang des vieux en colère et quelques Gilets jaunes. La CNE avait installé un lit d’hôpital avec un malade entre la vie et la mort soigné par une très vieille infirmière. Malgré une dose d’humour, le ras-le-bol général était très perceptible. La coupe est pleine. Il est temps que les employeurs prennent aussi leurs responsabilités par rapport à la colère qui grandit. Et que la répartition des richesses soit plus juste, au risque de voir apparaitre des mouvements de révolte qui vont engendrer violence et fascisme.

Respectés et considérés

Le soir, à Liège, Marie-Hélène Ska a tiré les leçons de cette journée d’action. "On ne demande pas le Pérou mais la possibilité de vivre dignement. La fin du mois revient tous les mois avec trop d’angoisse pour trop de travailleurs. Nous sommes une organisation sociale. Nous avons des lieux de concertation et de délibération et nous voulons être respectés et considérés", a souligné la secrétaire générale de la CSC en insistant sur la nécessité absolue d’obtenir un juste revenu pour tous et toutes, et de reconnaître la pénibilité des métiers.
"Il n’y a pas de vie sur une planète morte", a-t-elle également déclaré, rappelant l’engagement de la CSC pour "une transition juste qui ne pénalise pas ceux et celles qui n’ont pas le choix et n’oppose pas fin du monde et fin du mois."