Tapis tricolore pour les pensions

D’un côté, un tapis noir. De l’autre, un tapis tricolore rouge, vert, bleu. Tous deux tapissaient l’escalier du Mont des arts, à Bruxelles. D’un côté, les mesures du gouvernement en matière de pensions, qui rendent la vie et l’avenir noirs. De l’autre, les mesures proposées par les syndicats, qui colorent la vie et l’avenir. Tel était le décor de l’action "Femmes et pensions" du 29 mars.
"J’ai 46 ans de carrière comme aide familiale et j’ai 1.345 euros de pension, témoigne une manifestante. Je dois restreindre mon alimentation, je ne mange plus de viande tous les jours, je vais à la maison médicale, je réfléchis à deux fois avant de prendre un rendez-vous médical. Je dois faire beaucoup de choix. J’envisage de déménager parce que mon loyer est maintenant trop élevé."
"Mon collègue masculin gagnait plus que moi, alors qu’il a fait ses études en même temps que moi et a la même ancienneté, raconte une autre femme. J’ai demandé à mon patron d’aligner mon salaire sur celui de mon collègue. Il a toujours refusé. J’ai introduit une plainte en justice pour cause de discrimination salariale. La procédure est en cours. La différence salariale sur 26 ans de carrière est de 106.000 euros qui n’entrent pas en ligne de compte pour le calcul de ma pension. Je vais perdre 115 euros net par mois. Les femmes doivent continuer à se battre. Il n’y a pas de raison qu’elles soient moins bien payées que les hommes."
"J’ai trois enfants, mon plus jeune a 4 ans, explique une manifestante plus jeune. J’ai pris des congés de maternité et des congés parentaux. Je travaille maintenant en crédit-temps 4/5 et je poursuis en plus des études dans une haute école sociale. Je devrai encore travailler 28 ans, jusqu’à 67 ans. Je m’inquiète des conséquences du système à points. Comment les périodes assimilées comme mes congés de maternité vont-elles être prises en compte? Je m’inquiète non seulement pour moi, mais aussi pour les générations futures."

Pour le bien de tous

Anne Léonard, secrétaire nationale de la CSC en charge des pensions, rappelle le contexte: "Le ministre prétend intégrer la dimension du genre dans sa politique, alors qu’il augmente le temps de carrière des travailleuses et des travailleurs, sans offrir de perspective cohérente sur les fins de carrière et sans donner de solution aux métiers pénibles. Le gouvernement clame vouloir éliminer les inégalités entre les hommes et les femmes, alors qu’il augmente les sanctions contre les carrières incomplètes dans le calcul de la pension. Le ministre des Pensions sabre dans l’assimilation des périodes d’inactivité, de chômage ou de prépension. Il augmente la pension minimum des carrières complètes uniquement, cela pénalise ainsi financièrement plus lourdement les femmes que les hommes."
Aujourd’hui, l’écart de pension entre les hommes et les femmes est de 20%, le montant de la pension moyenne pour une femme est de 882 euros, les jeunes n’ont pas de sécurité quant à leurs pensions, et le gouvernement dresse les jeunes contre les plus âgés. C’est inacceptable, clament les syndicats. Il faut envisager les pensions pour le bien de tous.
Anne Léonard: "Envisager une réforme des pensions, c’est penser à tous les pensionnés de demain et répondre à leurs réels besoins. C’est aussi garantir aux jeunes l’accès au marché du travail, dans des conditions de travail et de rémunération dignes. C’est aborder la conciliation entre vie familiale et vie professionnelle dans le respect des rôles de chacun. C’est aussi assurer aux pensionnés un meilleur taux de remplacement, pour leur garantir une vie décente. Si une réforme des pensions doit voir le jour, c’est à ces enjeux qu’elle devra répondre!"
D'autres photos sur la page Facebook des Femmes CSC.