Encadrer la digitalisation

La numérisation ouvre la voie à de nouvelles formes d’organisation du travail. En Belgique, l’économie dite collaborative a déjà envahi de nombreux secteurs d’activité. Uber Pop, Listminut, Deliveroo… En quelques années, ces entreprises ont consacré le grand retour des petits boulots tels qu’on les connaissait avant l’apparition de la sécurité sociale. La vigilance s’impose. Derrière le modèle prétendument high-tech de cette nouvelle économie, se cache l’absence de protection sociale et de réglementation salariale.
Selon l’Institut syndical européen, la logique qui fonde cette nouvelle économie n’est pas différente du modèle traditionnel. C’est simplement une autre manière de «découper» et d’«émietter» les entreprises traditionnelles, dans une logique de sous-traitance poussée à l’extrême. Au fond, il s’agit de faire rencontrer l’offre et la demande, en supprimant les coûts liés au fonctionnement de l’entreprise. Il y a un prestataire de tâches d’un côté et un demandeur de l’autre (1).
Comme le souligne à juste titre l’OCDE, si «l’économie à la demande» peut faciliter l’adéquation entre les travailleurs et les tâches, elle pose des questions sur les salaires, les droits au travail et l’accès à la protection sociale pour les travailleurs concernés.
Les enjeux pour le monde du travail et pour les organisations syndicales sont énormes. On sait que les évolutions technologiques ont toujours fait l’objet de craintes plus ou moins fondées de la part des travailleurs. Se pose donc la question de savoir si, en tant que syndicat, nous devons refuser le changement à l’oeuvre, ou en accepter toutes les prémices?
Si nous ne voulons pas subir les transformations du monde du travail, mais être capable de les encadrer, les travailleurs doivent pouvoir en comprendre les mécanismes et les enjeux. C’est dans cette perspective que la CSC a décidé de faire de la digitalisation de l’économie, un de ses chantiers prioritaires pour les prochains mois.
Marie-Hélène Ska,
secrétaire générale de la CSC
Marc Leemans,
président de la CSC