23.5.2011 Les sans-papiers sont des travailleurs comme les autres
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| | Pour mieux connaître les travailleurs sans papiers de Bruxelles, leurs conditions de vie et de travail, la CSC de Bruxelles-Hal-Vilvorde (BHV) a mené une enquête avec une chercheuse de l’UCL, Amandine Bach. Mais constituer un échantillon représentatif avec un public qui se méfie, qui a peur, qui a pris l’habitude de vivre dans l’ombre n’est pas simple. Cent vingt personnes de 32 pays d’origine, 64 femmes et 56 hommes, ont finalement accepté de répondre à un questionnaire détaillé. L’échantillon peut paraître réduit – la seule communauté de sanspapiers brésiliens est estimée à 40.000 à Bruxelles – mais il a veillé à l’équilibre en termes d’origine, de sexe, d’âge et de secteur de travail.
Profil de sans-papiers
Au vu de l’enquête, les sans-papiers du Brésil, d’Equateur, du Pérou, des Philippines, du Paraguay sont principalement des femmes travaillant comme domestiques alors que les sans-papiers originaires des pays du Maghreb, d’Afrique de l’Ouest et du Pakistan sont surtout masculins. A noter, un niveau de qualification moyen important: la majorité des personnes interrogées ont terminé leurs études secondaires dans leur pays d’origine.
Les femmes travaillant comme domestiques auprès des diplomates dans les ambassades et les consulats sont les seules à être arrivées avec un permis de travail valide: un visa de personnel domestique international.
Les autres, pour la plupart, sont arrivés en Belgique avec un visa touristique de trois mois. Ils ont tous trouvé au départ un emploi non déclaré grâce à leur réseau social, amis et famille. Les deux secteurs principaux sont le travail domestique, à main-d’oeuvre essentiellement féminine, et la construction, secteur exclusivement masculin, mais aussi la vente et le commerce. La majorité des personnes interviewées travaillent plus de cinq jours/semaine et les heures supplémentaires sont courantes, surtout dans la construction.
Le salaire moyen est de 661,12 euros par mois et le salaire le plus important se trouve dans le secteur du bâtiment (1.203 euros). Mais les écarts salariaux peuvent être très importants dans un même secteur. Par exemple, dans le travail domestique, il peut varier de 150 euros pour 7 jours de travail à 1.300 euros pour 5 jours de travail par semaine.
En ce qui concerne les conditions de travail, 17% des sondés affirment ne pas avoir été payés pour une partie de leur salaire. Douze personnes ont eu un accident de travail et la moitié d’entre elles ont dû prendre elles-mêmes les frais en charge. Dix femmes ont été enceintes depuis leur arrivée en Belgique. Les employeurs ne les ont pas aidées et la majorité ont repris le travail peu de temps après leur accouchement.
Globalement, les résultats de l’enquête confirment ce que la CSC avait déjà constaté dans son travail de défense des travailleurs sans papiers sur le terrain: ceux-ci sont loin de bénéficier des mêmes droits fondamentaux que les travailleurs légaux. Alors qu’ils ont des droits, ils les ignorent. Leur situation irrégulière les rend plus vulnérables à des abus de la part de leurs employeurs.
Un comité de travailleurs migrants
Depuis deux ans et demi, le Comité de travailleurs et travailleuses migrants avec et sans papiers a été créé au sein de la fédération CSC de BHV. «Pour nous, cela a été essentiel que la fédération ait pris la décision d’affilier les travailleurs sans papiers ou en situation précaire et de nous donner la possibilité de nous organiser au sein du syndicat, se réjouit Oumar, membre du comité. Avant, nous étions enfermés sur nous-mêmes. La CSC nous a appris à être libres. Nous pouvons nous exprimer. Nous nous sommes rendu compte que beaucoup parmi nous ont vécu des situations proches de l’esclavage et que la CSC peut nous défendre face aux employeurs, que nous avons des droits. Le Comité nous a permis de sortir de la peur, de trouver des informations et d’oser nous défendre. L’écoute et l’échange que nous avons développés nous ont permis de formuler des revendications.»
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