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31.1.2008

Sans-papiers: un combat pour la dignité


Cent cinquante sans-papiers vivent dans un immeuble désaffecté de la rue Royale, à Bruxelles. Certains mènent une grève de la faim depuis près d’un mois pour obtenir la régularisation de leur situation. Claude Rolin, secrétaire général de la CSC, leur a rendu visite pour les soutenir dans leur combat pour la dignité.


sanspapiers08La rue Royale s’allonge au cœur de Bruxelles, passe derrière la colonne du congrès, abrite de nombreux immeubles de bureaux. Longtemps, cela a été la fonction du n°91. Depuis sept ans, il était abandonné. Il abrite aujourd’hui 150 sans-papiers (hommes, femmes et enfants) de multiples origines. Certains s’y sont glissés, voici un mois, pour se rendre visibles et faire parler d’eux. Le bouche à oreille fonctionnant, ils ont été rejoints par d’autres. Un certain nombre d’entre eux mènent une grève de la faim qui dure depuis près d’un mois. Leur seul objectif est d’obtenir des papiers pour eux et, plus encore, pour leurs enfants.

Sur la façade, quelques calicots attirent l’œil des passants. A l’intérieur, le dénuement, la détresse, le désespoir. Le premier étage est le domaine des femmes et des enfants. Dans une chambre, des femmes équatoriennes sont rassemblées; dans une autre, ce sont des femmes originaires de Guinée-Conakry et du Mozambique. Durant la journée, les enfants sont à l’école. Seuls les tout petits restent avec leur maman. Ils ont le sourire et l’insouciance de leur âge mais le cœur se serre de voir ces enfants démunis de tout dans une ville riche, au cœur d’un pays démocratique. Plus loin, dans une troisième chambre, quelques femmes d’origine kurde font la grève de la faim. Elles ont confié leurs enfants à des proches et sont venues tenter le tout pour le tout. Une grand-mère de 65 ans a arrêté de s’alimenter depuis un mois et son état est préoccupant. A deux reprises, elle a été hospitalisée. Elle persiste "pour ses enfants et petits-enfants".

Sur deux cuisinières, le repas de midi des enfants cuit doucement. Les femmes qui ne sont pas en grève de la faim se contenteront de pain et de thé. Et ce "repas" de midi sera leur unique repas du jour. Les chambres des hommes se trouvent aux étages supérieurs. Les matelas sont serrés les uns contre les autres. Beaucoup font la grève de la faim.

La maison, propriété de la Communauté française, est sombre et froide. Les sans papiers se sont organisés pour la garder propre et pour rendre le plus vivable possible cette cohabitation forcément difficile. Sitôt informées du mouvement, la CSC de Bruxelles-Hal-Vivorde et son homologue de la FGTB se sont organisées pour apporter le premier soutien matériel indispensable à l’occupation du bâtiment, particulièrement insalubre. "On voit à la télévision de terribles images de situations filmées dans des pays lointains. On se dit: quelle barbarie! Ici, en plein centre-ville, dans un pays civilisé, ils sont victimes de la barbarie de l’indifférence", observe un visiteur impressionné.

Des victimes, pas des coupables

L’indifférence, c’est ce qui blesse le plus sûrement ces hommes et ces femmes qui se sentent abandonnés de tous. "Je ne veux pas être un assisté. Je suis arrivé en Belgique en 2001 et je me suis formé. J’ai un travail et je gagne ma vie. Je pourrais continuer ainsi, mais je veux des papiers pour vivre comme tout le monde, au grand jour", explique un sans-papier d’origine algérienne, arrivé ici comme demandeur d’asile. Il a reçu l’ordre de quitter le territoire, mais sa vie est ici. A qui veut lui consacrer un peu d’attention, il montre son dossier, ses diplômes, ses multiples démarches et se désole de l’arbitraire qui prévaut. 

"Toutes ces personnes sont ici depuis deux ans, quatre ans, neuf ans, seize ans parfois. Elles ont fui des guerres, des dictatures ou l’extrême pauvreté due à la dérégulation mondiale du marché du travail. Ils ne sont coupables de rien de tout cela. Tout au contraire, ils en sont des victimes: victimes du sous-développement, victimes de la violence physique ou économique, victimes de négriers et de toutes sortes d’intermédiaires sans scrupule", souligne la CSC de Bruxelles.  

Elle rappelle donc avec force sa revendication, exprimée en front commun, portée par le Mouvement ouvrier chrétien (Moc): la mise en place rapide d’une Commission de régularisation impartiale et indépendante qui travaille sur base de critères clairs. "C’est le seul moyen de donner une existence légale à ces personnes qui, de fait, sont déjà membres à part entière de notre société", souligne Bertrand Sculier, responsable des migrants à la CSC. "Il faut prendre en compte la longueur anormale de la procédure de régularisation ou de regroupement familial, l’impossibilité matérielle de retour et les attaches durables. Celles-ci sont la simple reconnaissance que la personne a établi le centre de sa vie en Belgique, parfois tout simplement du simple fait de la longueur des procédures administratives d’installation légale dans le pays." C’est ce que disent, à leur manière, les occupants de la rue Royale sur leurs calicots qui proclament: "Sans papiers, mais pas sans identité"!

Sans papiers, pas sans identité

Car leur vie est ici et leur seul désir est de permettre à leurs enfants de rester, d’avoir un avenir. Et pour accepter de vivre dans les conditions qu’ils subissent aujourd’hui, il faut vraiment que la situation qu’ils ont fuie soit insupportable.

Jeudi dernier, Claude Rolin, secrétaire général de la CSC, s’est rendu rue Royale avec le président de la FGTB et Véronique Oruba, secrétaire nationale du Moc. Il voulait témoigner ainsi du soutien qu’il entend apporter à ces personnes en lutte pour leur dignité. "De nombreux sans papiers ont acquis la conviction, et comment le leur reprocher?, que le chemin le plus court pour une normalisation passe par une grève de la faim. Humainement, c’est inacceptable", souligne-t-il.

Les responsables des deux organisations syndicales soulignent que les projets d’accord élaborés entre les partenaires possibles d’un futur gouvernement pourraient offrir un cadre à un traitement humain et juste de nombreuses situations. "Il serait donc particulièrement grave et inacceptable que toute perspective d’une issue positive leur soit refusée en raison des échéances des négociations."  

A.M.P.


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