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10.12.2009

Utiliser le chômage économique pour se former


La CSC wallonne propose la mise en place de "cellules emploi-formation". Objectif: permettre aux entreprises de prévoir les compétences dont elles vont avoir besoin et aux travailleurs de se former durant les périodes de chômage économique pour maintenir leur savoir-faire et leur statut.


competencesEn ces temps de crise, de nombreux travailleurs se retrouvent au chômage économique. Beaucoup d’autres sont purement et simplement licenciés. Que se passera-t-il quand viendra la reprise? Dans le meilleur des cas, ces travailleurs auront trouvé un emploi dans une autre entreprise, souvent concurrente. Ou alors, ils se seront enlisés dans le chômage de longue durée avec une perte de savoir-faire et de confiance en soi. Pour la CSC wallonne, c’est inacceptable.

Elle a donc imaginé un mécanisme innovant pour faire face aux défis des restructurations et contribuer à la relance économique: il s’agirait de mettre en place un mécanisme sectoriel qui permette aux entreprises de mieux prévoir leurs besoins en ressources humaines à moyen terme et aux travailleurs de s’y préparer en se formant de manière à maintenir leurs talents, leurs compétences, leur emploi et leur statut. C’est ce que la CSC wallonne appelle les "cellules emploi-formation pour une continuité professionnelle durable".

Concrètement, ce mécanisme sectoriel permettra de maintenir et de développer l’emploi, ce qui est la priorité de la CSC wallonne. C’est aussi un moyen de soutenir le déploiement actif, pertinent et durable des industries wallonnes. "Il est du devoir des différents acteurs wallons de se mobiliser pour garder un point d’ancrage attractif envers les investisseurs et de continuer à amplifier les stratégies des pôles de compétitivité" explique Marc Becker, secrétaire national de la CSC en charge des affaires wallonnes. Il précise que le projet de la CSC s’inscrit dans la concrétisation des deux Plans Marshall, dans la droite ligne de la déclaration politique de la Région wallonne mais aussi dans les objectifs de la stratégie de Lisbonne qui veut faire de l’Europe une référence mondiale pour l’innovation, la recherche, l’emploi, le développement économique.

L’idée est née, voici quatre ans, de la situation dans le secteur de l’aéronautique, secteur cyclique par excellence. A cette époque, les syndicats ont tenté de mettre en œuvre une cellule emploi-formation avec l’appui des employeurs et l’aide du Forem. Mais le projet a échoué dans la dernière ligne droite, à cause d’un problème de financement.

Avec la crise, l’idée a repris vigueur au sein de la CSC wallonne. Un groupe de travail s’est constitué, associant toutes les centrales professionnelles concernées. En effet, plusieurs secteurs souffrent de déficiences dans la gestion des ressources humaines en période de basse conjoncture: "Quand les carnets de commandes sont quasi vides, les entreprises licencient des travailleurs dont elles savent pertinemment qu’elles auront à nouveau besoin un peu plus tard au moment où les commandes reprendront, explique Bernard Wilmotte, du service d’étude de la CSC-Métal. Et, pendant la crise, les machines restent inutilisées. C’est absurde! On pourrait parfaitement imaginer de mettre ces périodes creuses à profit pour former les travailleurs soit en actualisant les compétences dont ils ont besoin dans leur fonction actuelle, soit en les formant à des nouvelles techniques".

Le groupe de travail de la CSC wallonne a imaginé la manière dont pourrait fonctionner le projet, en insistant sur une analyse fine des besoins du secteur et de ses entreprises (à court, moyen et long termes) et sur l’établissement de réels référentiels de métiers-compétences et de formations. Un autre point essentiel pour la CSC wallonne, c’est l’inscription volontaire et sans contrainte du travailleur dans le système. Le but est d’arriver à une situation "gagnant-gagnant" pour tous les partenaires.

Et, aujourd’hui, la CSC wallonne estime que le financement de son idée ne pose plus problème. Les mesures prises pour faire face à la crise ont ouvert la voie à des innovations sociales combinant suspension du contrat de travail, formation et maintien du statut des travailleurs. De plus, "les possibilités de financement pour une formation existent et sont même assez nombreuses: fonds européens, pôles de compétitivité du Plan Marshall, crédit-adaptation du Forem" précise Jean-Marie Constant, président du Comité régional wallon (CRW) de la CSC.

Le groupe de travail a présenté son projet au bureau du CRW puis à l’ensemble du CRW. Un groupe de travail s’en est également saisi à la Confédération. L’idée est que chaque secteur intéressé puisse se réapproprier ce projet global, l’adapter à sa réalité propre et voir comment le négocier au mieux. Dans les prochains jours, les responsables de la CSC wallonne vont donc en discuter avec l’autre grand syndicat. Ils vont aussi le présenter au gouvernement wallon, aux employeurs wallons et à la ministre fédérale de l’Emploi.

 
Comment fonctionnerait le projet?

Chaque secteur définirait, avec les expertises nécessaires, des profils de compétences et des qualifications nécessaires à court, moyen et long termes. Puis le secteur établirait les programmes de formation à mettre en oeuvre pour y arriver.

Sur cette base, dès que le secteur concerné rencontrerait une période de faible activité, il activerait la "cellule emploi-formation".

Le projet s’adresserait aux travailleurs en chômage économique (ou assimilés pour les employés) et aux travailleurs menacés de perdre leur emploi à cause d’une restructuration.

Les travailleurs intéressés pourraient s’y inscrire sur base volontaire. Chacun d’eux se verrait offrir un bilan de compétences pour voir quelles qualifications développer et quelle formation suivre. La gestion des formations serait assurée par un "pool de compétences" alliant les expertises propres au secteur et les opérateurs de formation professionnelle.

Les travailleurs engagés dans cette démarche de formation auraient la garantie d’être maintenus au "payroll" de leur entreprise durant la durée de la formation. Ils garderaient leur statut et leur salaire net (indemnités de chômage économique, compléments sectoriels ou/et d’entreprise, intervention de fonds européens, fédéraux voire régionaux…).

A la fin de la formation, les chômeurs temporaires pourraient réintégrer leur poste de travail voire un poste plus valorisant dans leur entreprise. Et, dans les entreprises en restructuration, les travailleurs ainsi formés pourraient prétendre à un autre poste dans le secteur (voire en dehors de celui-ci) avec de meilleures chances de succès.


lien webPriorités 2009-2010 de la CSC wallonne (24.9.2009)
lien webEvaluation du Plan Marshall (24.4.2009)

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