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7.1.2010

Après Copenhague, la mobilisation reste de mise


Au lendemain du sommet sur le climat, Claude Rolin, secrétaire général de la CSC, se dit déçu par l’absence d’accord chiffré, mais enthousiasmé par la prise de conscience.
rolinDu 7 au 18 décembre 2009 s’est tenue à Copenhague la 15e Conférence mondiale sur le climat. Malgré l’urgence d’agir et la mobilisation générale, la conférence a accouché d’une déclaration minimaliste. De retour de la capitale danoise, Claude Rolin, secrétaire général de la CSC, membre de la délégation officielle belge, livre une première analyse.


Les syndicats ont défendu un accord ambitieux, contraignant et juste à Copenhague. Quel est votre sentiment à l’issue de la conférence?

Mes sentiments sont partagés. D’un côté, je suis déçu par les résultats parce que nous attendions un accord contraignant, un accord qui prévoie des transitions justes pour aller vers une économie bas carbone, un accord chiffré. Il n’en est rien. Pour tenter de sauver les apparences, une déclaration de trois pages a été avalisée, en dernière minute. Il s’agit d’une vague déclaration qui ne correspond pas à ce que nous attendions comme syndicalistes.

Mais d’un autre côté, je suis enthousiasmé par la mobilisation importante suscitée par la conférence. Preuve en est la manifestation du 5 décembre à Bruxelles qui a rassemblé 15.000 personnes et celle de Copenhague où il y avait 100.000 personnes. Partout dans le monde, le défi climatique a été relayé au travers des médias et a été mis à l’agenda politique. Cette conscientisation va rester un acquis. J’ai la conviction qu’à partir de cela, on va pouvoir amplifier cette sensibilisation et les mobilisations pour faire en sorte que, demain, les décideurs prennent les bonnes décisions pour assurer un avenir pour la planète et pour ses habitants.

La conférence de Copenhague a suscité un espoir très grand: l’idée qu’elle allait changer le monde. La pire des choses serait qu’elle n’ait servi à rien, de décrédibiliser l’enjeu climatique, que les gens n’y croient plus. Or, à Copenhague, 161 pays ont reconnu le problème climatique, se sont engagés à limiter le réchauffement climatique à 2°C, ont reconnu la nécessite de mettre en œuvre des dispositifs pour les pays du Sud et les pays émergents. Sur ces aspects-là, il y a unanimité. La déclaration est insatisfaisante, mais on peut s’appuyer sur Copenhague pour avancer un pas plus loin.

Quel rôle les syndicats ont-ils joué à Copenhague?

A l’intérieur de la conférence, les organisations syndicales ont eu le rôle essentiel de taper sur le clou de la transition juste et du travail décent qui sont à la base de nos revendications. Même s’ils n’apparaissent pas dans la déclaration finale, ces concepts ont été développés au sein des assemblées plénières et font du chemin.

Comme organisation syndicale, nous avons également fait pas mal d’activités à l’extérieur de la conférence. Copenhague a été le moment de tenir une grande conférence climatique permanente des organisations syndicales venues de partout dans le monde dans les locaux du syndicat danois. Pendant plus d’une semaine, nous avons multiplié les rencontres, les débats, les échanges. Cela a permis de renforcer le syndicalisme international et européen. Il y a aujourd’hui un mouvement syndical international qui a une réponse unifiée pour forcer nos dirigeants à prendre leurs responsabilités et à relever le défi du climat. Les organisations syndicales apparaissent aujourd’hui comme des acteurs incontournables dans la transition vers une économie bas carbone.

Malgré la participation syndicale et des ONG, la conférence vous a-t-elle paru démocratique?

Le processus était faussement démocratique. Les organisateurs avaient accepté l’inscription de 45.000 personnes, mais pratiquement, ne disposaient d’infrastructures que pour en accueillir 15.000. Les derniers jours, les  représentants d’ONG se sont vus octroyer un peu moins de cent badges. De nombreux représentants d’ONG n’ont pu participer à la conférence. Le rideau est ainsi tombé, donnant le sentiment que, derrière la façade de la grande démocratie mondiale, il n’y avait qu’un coup médiatique, qu’un effet de communication, pas de transparence, pas de place pour la participation citoyenne.

La critique de la démocratie est à modérer avec les Belges. A Copenhague, il y avait deux sortes de délégués: les délégations gouvernementales et les ONG. Or, le gouvernement belge avait intégré les ONG, dont les organisations syndicales, dans sa délégation officielle, ce qui nous a permis d’accéder à la conférence. Il a travaillé en concertation avec nous et a intégré une série d’éléments. La position belge et européenne est très proche de ce qu’on souhaitait.

Quelle sera la suite?

Ensemble, aux niveaux de la Confédération syndicale internationale (CSI) et de la Confédération européenne des syndicats (CES), nous allons faire une évaluation sérieuse du processus et des résultats. Puis, dans un deuxième temps, nous allons continuer notre travail de sensibilisation et de mobilisation en sachant qu’il y a des échéances claires: en juin, il y aura une réunion importante à Bonn où les dirigeants vont essayer d’aller plus loin que la déclaration de Copenhague. Et puis, il y aura la prochaine Conférence mondiale sur le climat qui aura lieu à Mexico en décembre 2010. C’est important que nous puissions arriver à Mexico à un protocole contraignant avec des chiffres précis à atteindre, avec des mesures de contrôle sur l’évolution des résultats, et avec des sanctions pour ceux qui ne respectent pas les engagements qui seront repris dans ce protocole. Nous devons gagner ce défi et faire en sorte que la transition juste et le concept de travail décent se retrouvent dans ce futur protocole.

La Belgique aura une énorme responsabilité: les travaux préparatoires à la conférence de Mexico se feront sous la présidence européenne de la Belgique. L’Union européenne doit arriver à se faire mieux entendre et à s’imposer comme grande puissance, ce qui n’est pas facile par rapport à la Chine. L’enjeu est de préparer la présidence belge avec les acteurs politiques.

La mobilisation doit continuer, il faut maintenir la pression. La CSC va le faire avec la CES et la CSI. Il faut aussi  continuer le travail de sensibilisation et d’information et poursuivre le contact avec les ONG.

lien webPourquoi la CSC participe au débat sur le changement climatique
 
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