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30.5.2007

Pas de Constitution européenne au rabais


Lors du 11e congrès de la Confédération européenne des syndicats, à Séville, 81 organisations syndicales venues de 36 pays ont adopté un manifeste qui définit une nouvelle stratégie d’action ambitieuse pour "une meilleure Europe".


ces sevilleProgramme ambitieux, la Confédération européenne des syndicats (CES) avait placé son 11e congrès sous le slogan "A l’offensive", pour une Europe qui relève de façon plus équilibrée les trois défis majeurs que sont la croissance économique, la cohésion sociale et le développement durable. Dans un esprit critique vis-à-vis des évolutions de l’économie, de la société et de la politique, et avec la volonté de préserver un projet européen qui combatte le nouveau populisme anti-européen.

Lors de la séance d’ouverture, John Monks, le secrétaire général de la CES, a évoqué la situation de celui qui nage à contre-courant. C’est une position nécessaire, mais qui n’est pas confortable. Elle vise à permettre aux travailleurs de bénéficier d’une plus grande part des fruits du renforcement de la (plus forte) croissance économique européenne. Elle demande le maintien de services collectifs forts, contre la tendance à la dérégulation et la commercialisation. Elle soutient la poursuite du développement de l’Europe sociale, en particulier en donnant une valeur contraignante à la Charte européenne des droits sociaux fondamentaux.

Luc Cortebeeck, le président de la CSC, a appelé ses collègues des autres syndicats européens à faire preuve de cohérence: "Le syndicalisme européen requiert un investissement de plus en plus important des syndicats nationaux eux-mêmes, pour exercer des pressions sur les autorités nationales, puisque tout compte fait ce sont elles qui décident ce qui se fait au niveau européen, pour engager le dialogue avec les représentants de chaque pays au Parlement européen, pour collaborer à la préparation des positions de la CES et de la stratégie syndicale européenne, pour participer aux actions communes transfrontalières."

Claude Rolin, le secrétaire général de la CSC, est intervenu sur le thème de la sécurité et de la santé: "Nous ne devons pas attendre des institutions européennes qu’elles entreprennent spontanément des actions dans ce domaine. (…) Nous voulons une semaine d’action européenne pour la sécurité, pas une semaine de bavardages européens sur la sécurité. Des conditions de travail saines font partie des droits de l’homme."

Claude Rolin a également rappelé que les problèmes de santé et sécurité se posent de façon très aigüe dans les petites et moyennes entreprises (PME) où, en dépit de la directive européenne, il n’existe pas d’organe de concertation ou de représentation. De nouvelles stratégies doivent s’appuyer sur la solidarité entre grandes et petites entreprises. Ceci est d’autant plus nécessaire que beaucoup de PME sont aujourd’hui dans des systèmes de sous-traitance, de franchise ou de filialisation. Elles se retrouvent ainsi totalement dépendantes de grandes entreprises.

Des mesures sur cinq fronts

La CES a adopté son "manifeste de Séville", vaste et rigoureuse stratégie d’action syndicale, à mettre en œuvre dans toute l’Europe au cours des quatre années à venir. John Monks: "Les syndicats européens sont actuellement confrontés à un certain nombre de défis complexes, y compris la croissance du travail précaire, la mondialisation, et la perte de confiance dans la capacité de l’Union européenne à offrir des niveaux de vie plus élevés et à engendrer le progrès social. La CES s’engage vivement en faveur de plus d'Europe et d’une meilleure Europe."

Le manifeste annonce des mesures sur cinq fronts:
  • pour un marché européen de l’emploi offrant de meilleurs emplois et le plein emploi;
  • développer le dialogue social et la participation des travailleurs;
  • pour la croissance durable et la solidarité régionale et internationale;
  • pour une Union européenne plus forte où la Charte des droits fondamentaux a une force légale;
  • pour des syndicats plus forts, ayant une influence accrue sur la formulation des politiques aux plans européen et mondial.
Avant le sommet des dirigeants de l’Union européenne, qui se déroulera au mois de juin, la CES souligne aussi que tout compromis sur le projet de Constitution européenne doit inclure la Charte des droits fondamentaux en tant que texte juridiquement contraignant. Elle met l’accent sur le fait que 18 pays de l’Union ont déjà ratifié le traité existant, et que tout repli sur les éléments sociaux importants de l’accord enverrait un message négatif aux travailleurs européens et, de manière plus générale, aux citoyens.

Malgré des divergences internes, la CES avait soutenu le projet de traité constitutionnel qui reprenait la Charte des droits fondamentaux, avec force contraignante pour l’UE et les Etats membres. Le texte garantit un certain nombre de droits sociaux comme le droit à la négociation collective, le droit de grève, la protection contre les licenciements abusifs, et le principe de conditions de travail décentes.

Les syndicats condamnent tout changement du traité qui viserait à réduire ou à supprimer la Charte des droits fondamentaux. "Nous ne pouvons accepter cela", a déclaré John Monks. "Nous demandons que la Charte soit incluse. Pas de "si", pas de "mais", mais la pleine inclusion, pour une Charte juridiquement contraignante."

La CES appelle à manifester en vue du prochain sommet européen à Bruxelles, les 21 et 22 juin, afin que la Charte des droits fondamentaux soit incluse en tant que partie juridiquement contraignante dans le traité. D’autres actions seront bientôt annoncées.

Une femme à la tête de la CES

lundbyLe congrès de Séville fut également l’occasion pour les membres de la CES d’élire la nouvelle direction pour les quatre années à venir. L’ensemble du secrétariat sortant a été reconduit pour un nouveau terme de quatre ans. Seul le président sortant, l'Espagnol Candido Mendez Rodriguez n’a pas souhaité présenter sa candidature. C’est la Suédoise Wanja Lundby-Wedin (photo), dirigeante du syndicat LO, qui a été choisie pour lui succéder avec 91% des voix.

Wanja Lundby-Wedin devient ainsi la première femme présidente de la CES. La Confédération s'est, justement, fixée une conduite pour parvenir à l'égalité hommes-femmes, en adoptant une charte sur le "gender mainstreaming" qui vise à intégrer cette problématique à la vie et à la lutte des syndicats. "Il faut s'attaquer au "plafond de verre" qui freine la promotion professionnelle des femmes, et montrer qu'elles peuvent aussi diriger des organisations, nationales ou européennes", a déclaré la nouvelle présidente.

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