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10.4.2008

Les patrons préparent la bataille des salaires


Malgré les attaques de la Banque centrale européenne, l’indexation automatique des salaires ne devrait pas être mise en cause en Belgique. Mais les patrons se préparent à batailler sur les salaires lors des prochaines négociations interprofessionnelles.   


table apercuDans le courant de ce mois d’avril, notre pays devrait connaître un nouveau saut de l’indice-pivot. Cela signifie que les salaires du secteur privé et ceux des fonctionnaires, les allocations sociales et le revenu minimum garanti vont augmenter de 2% en juin.

Cela a provoqué de nouvelles déclarations incendiaires du président de la Banque centrale européenne, Jean-Claude Trichet. Présent à la réunion des ministres des Finances de l’Union européenne (Ecofin), il a une nouvelle fois prôné la modération salariale pour lutter contre l’inflation et déclaré que le mécanisme belge d’indexation automatique des salaires est "inacceptable".

Les syndicats belges ont particulièrement mal réagi à cette déclaration faite alors que les travailleurs de toute l’Europe manifestaient à quelques encablures de là pour réclamer un pouvoir d’achat permettant de vivre décemment. Pour les syndicats belges, il n’est absolument pas question de toucher à l’indexation sous peine d’une crise sociale très grave. Plusieurs responsables politiques du PS et du CDH ont soutenu l’indexation. Didier Reynders lui-même a relativisé l’impact de cette indexation qui, liée à l’indice-santé, exclut le tabac, l’alcool et les carburants.

L’indexation automatique ne devrait donc pas être mise en cause dans l’immédiat. Mais il n’est pas impossible que les employeurs la gardent en réserve pour les prochaines négociations interprofessionnelles. Pour le moment, la Fédération des entreprises de Belgique (FEB) a exprimé son inquiétude sur l’inflation: celle-ci a atteint 4,39% le mois dernier, ce qui ne s’était plus vu depuis 22 ans.

Les patrons disent donc craindre l’apparition d’une spirale prix-salaires: quand les prix grimpent, les salaires augmentent, alors les entreprises répercutent ces hausses de coût sur leurs prix, ceux-ci augmentent, etc. Ils rappellent que cette spirale entraîne une diminution de la compétitivité et brandit le spectre de la crise des années 1970, marquées par une très forte inflation et par de cruelles pertes d’emploi.

Les patrons belges fourbissent donc leurs armes pour la prochaine négociation interprofessionnelle; elle aura lieu à l’automne et elle devra déterminer la marge salariale pour l’augmentation des salaires en 2009 et 2010. "La discussion sera très rude", prévient donc Claude Rolin, secrétaire général de la CSC. D’ores et déjà, la FEB revient sur les accords "all-in" et affirme que si ces mécanismes de correction avaient été appliqués depuis 2000, la compétitivité et l’emploi se porteraient mieux aujourd’hui.

L’expression "all-in" signifie "tout compris". Mais elle peut recouvrir diverses formules, sensiblement différentes. Pour bien comprendre, il faut partir du principe de l’indexation automatique des salaires. Et savoir qu’en aucun cas, ce ne sont des formules magiques!

Indexation automatique des salaires. L’indexation automatique est appliquée en Belgique depuis la loi de 1948 et elle concerne les salaires du secteur privé et ceux des fonctionnaires, les allocations sociales et le revenu minimum garanti. La loi sur la compétitivité de 1996 a confirmé ce principe. En effet, le concept de marge salariale a précisément été introduit "en échange" du maintien de l’indexation automatique des salaires.
 
Marge salariale. La marge salariale se compose essentiellement de deux éléments: l’indexation automatique des salaires et les augmentations salariales réelles. Lorsqu’ils doivent fixer la marge salariale, les partenaires sociaux des secteurs ne connaissent évidemment pas encore les augmentations salariales réelles. Ils estiment donc, de la manière la plus objective possible, l’évolution probable de l’index pour les deux années à venir. Et le solde représente la marge pour les augmentations salariales réelles.   

Formules "all-in". La priorité des employeurs, c’est d’éviter tout dépassement de la marge à la fin de la période conventionnelle. Pour cela, trois formules sont possibles pour corriger le dépassement: 
  • Correction sur les salaires. Dans ce cas, la troisième augmentation salariale dépend totalement de la marge salariale. Si celle-ci est épuisée, la troisième augmentation salariale n’est pas accordée. Concrètement, l’indexation automatique est maintenue et il est possible de contrôler à peu près l’utilisation effective de la marge salariale. Plusieurs secteurs ont adopté cette formule: les métaux non-ferreux, les constructions métalliques et mécaniques, les entreprises de garage, l’industrie alimentaire, le commerce des denrées alimentaires, le nettoyage, la récupération de métaux, l’agriculture, la carrosserie, le commerce du métal et le tabac.
  • Correction sur l’indexation. Lorsque l’indexation réelle dépasse l’indexation prévue, la partie "excédentaire" peut être déduite de l’indexation suivante. Concrètement, l’indexation n’est plus automatique et elle peut être partiellement ou totalement abandonnée. Ainsi, la marge salariale est totalement respectée et l’effet sur le salaire est limité à un trimestre. Le secteur de la construction a choisi d’appliquer cette formule.
  • Correction sur la marge salariale suivante. Lorsque l’indexation prévue est dépassée, la marge salariale suivante est diminuée à concurrence de ce dépassement. Concrètement, les dispositions de la convention collective de travail (CCT) sont intégralement respectées (indexation et augmentation salariale) et la "facture" est répercutée sur les négociations suivantes. Le principe de l’indexation automatique est maintenu. Mais il existe un risque de double imputation si la nouvelle marge salariale est calculée en tenant compte du dépassement. Le secteur du nettoyage a choisi d’appliquer cette formule.
lien webLes travailleurs européens méritent de meilleurs salaires (7.4.2008)

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