Les travailleurs de la FN-Herstal attendent depuis des mois un plan d’aménagement des fins de carrière. A bout de patience, ils sont partis en grève, ouvriers et employés unis et en front commun.«Les résultats de l’entreprise sont bons et le carnet de commandes est plein. Il n’y a plus eu de plan de restructuration depuis plusieurs années et l’avenir s’annonce plutôt positif. Encore faut-il le préparer! Or, de nombreux travailleurs de la FN-Herstal arrivent à l’âge de 58 ans en janvier, de nombreuses travailleuses ont 55 ans et plus. Ouvriers et employés demandent donc un aménagement des fins de carrière et l’embauche de jeunes pour prendre peu à peu la relève. Mais, depuis des mois, rien ne bouge. Les travailleurs ont donc perdu patience et décidé unanimement de partir en grève» explique Pascal Potalivo, délégué principal de la CSC-Métal à la FN-Herstal. Le conflit actuel est en germe depuis des mois et c’est le Pacte des générations qui en a été le déclencheur. Dès janvier 2006, les ouvriers de la FN mandatent leurs délégués pour négocier avec la direction un aménagement des fins de carrière. La demande est raisonnable puisque l’âge moyen des travailleurs augmente et que nombre d’entre eux ont 40 ans de carrière. D’ailleurs, la direction ne refuse pas la demande, mais elle souhaite avoir un peu de temps pour se préparer et faire des propositions. Elle entreprend donc une analyse de la situation de l’entreprise et des besoins du personnel, entité par entité. Une première réunion est fixée en mars 2006. «A ce moment-là, la direction avait analysé environ 30% des besoins du personnel de l’entreprise, explique Pascal Potalivo. Mais la méthode était acquise et elle promettait que la suite serait plus rapide. De plus, elle avançait quelques propositions positives: un plan d’aménagement des fins de carrière en deux phases et diverses mesures, de la prépension au tutorat en passant par le crédit-temps. C’était plutôt bien engagé». Quatre revendications Le problème est qu’après cela, les travailleurs attendent et ne voient rien venir. En mai, il n’y a toujours pas eu de deuxième réunion. L’atmosphère se tend davantage encore quand employés et ouvriers apprennent que les cadres ont bénéficié d’une prime liée aux bons résultats de l’entreprise. La direction explique que le salaire des cadres est calculé différemment de celui des autres salariés, avec des primes liées aux performances individuelles et aux résultats de l’entreprise. Toutefois, lorsqu’il est question d’une prime de reconnaissance, les travailleurs excédés demandent que, cette fois, l’argent soit partagé entre ouvriers et employés qui participent eux aussi à la productivité de l’entreprise. Enfin, début juillet, un message du président à l’ensemble du personnel met le feu aux poudres: il apporte aux demandes des travailleurs des éléments de réponse en totale contradiction avec les propositions avancées jusque là par la direction des ressources humaines. A la fin des vacances, le 25 août dernier, les travailleurs tiennent donc une nouvelle assemblée générale, en front commun, ouvriers et employés unis. Ils donnent à leurs délégués un mandat très clair et les chargent de négocier quatre revendications: d’abord et surtout l’aménagement des fins de carrière, puis l’attribution de la prime de reconnaissance, enfin l’amélioration du dialogue social et l’amélioration de la politique de l’emploi. Les réponses de la direction sont décevantes. Elle refuse un plan d’aménagement général et préfère avancer sur la base du «double volontariat». Pour elle, il n’est pas possible d’envisager des départs massifs de travailleurs expérimentés, car cela déforcerait l’entreprise. Les travailleurs rétorquent que le «double volontariat» se résume à la seule décision de la direction et que cela n’est pas négociable. Le conflit se durcit et les travailleurs, unanimes, votent la grève. En début de semaine, le conciliateur social a rencontré longuement les représentants des travailleurs, puis la direction. Tous se sont ensuite réunis, mais vainement. A.M.P. |