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25.10.2006

Activation: le carrousel de l'exclusion


La procédure de contrôle du comportement de recherche d'emploi a tout juste deux ans. Depuis octobre 2004, les chômeurs de longue durée sont en effet "activés" à l'Onem. Un anniversaire plutôt malheureux pour tous ceux qui ont le sentiment d’être coincés dans un carrousel infernal.


activationFin octobre 2004, démarraient à l’Onem les premiers entretiens visant à contrôler le comportement de recherche d’emploi des chômeurs. Les premiers à être convoqués furent les moins de 30 ans, suivis en juillet 2005 par les 30-40 ans et depuis juillet 2006, par les 40-50 ans. Au total, 106.477 chômeurs (chiffres arrêtés au 30 juin 2006) de longue durée ont été ainsi convoqués une première, voire une deuxième ou une troisième fois déjà, chez un "facilitateur" de l’Onem.

Lors du premier entretien, une part importante d’entre eux n’ont pas apporté de preuves suffisantes, aux yeux des facilitateurs, de leur recherche d’emploi: selon les derniers chiffres, 37% ont du signer un contrat par lequel ils s’engageaient à intensifier leurs efforts de recherche d’emploi. Des sanctions sont ensuite tombées pour les "récidivistes": rien que pour les moins de 30 ans, 1.025 personnes ont, après le second entretien, été privées temporairement de leurs allocations (chiffres au 31 décembre 2005) et déjà 2.576 (dont 205 exclusions définitives) au 30 juin 2006.

Les craintes émises par la CSC dès la présentation de ce plan se vérifient: le nombre de chômeurs sanctionnés risque bien de dépasser le nombre de chômeurs ayant accédé, après activation, à un emploi convenable. Car quoi qu’en dise le ministre Van Velthoven, rien, dans la masse de statistiques générées par ce plan, ne prouve de façon formelle que celui-ci favorise l’accès ou le retour à l’emploi. Certes, le nombre de chômeurs indemnisés a baissé, mais s’ils sont rayés des statistiques, c’est surtout pour d’autres raisons que le retour à l’emploi: sanctions, dispenses, reprise de formation, sans parler de ceux qui ont tout plaqué par désespoir ou ignorance…

Durcissement

Les premiers à avoir «bénéficié» de cette activation sont les catégories les plus jeunes. Les quadras et bientôt les quinquas chômeurs de longue durée entreront maintenant dans la danse. Compte-tenu de l’état du marché de l’emploi, beaucoup d’entre eux se demandent quel est le sens de toutes ces démarches qui leur seront imposées. La plupart savent en effet par expérience qu’après 40 ans, les chances de retrouver un emploi pour les peu ou pas qualifiés sont quasi nulles…

Et que se passera-t-il pour ceux, jeunes ou moins jeunes qui, après plusieurs étapes dans la procédure, seront toujours sans travail? Avec le temps, les acteurs syndicaux craignent effectivement un durcissement du système. Les chiffres indiquent déjà actuellement une augmentation des sanctions par rapport à l’année précédente.

La position de la CSC est sans ambiguïté: il faut arrêter ce carrousel inutile, humiliant et destructeur. "Nous ne voulons pas leurrer les gens", prévient Claude Rolin, secrétaire général de la CSC. "Il ne sera pas facile de faire reculer le gouvernement sur cette mesure. Mais nous attendons avec impatience l’évaluation promise pour avril 2007. L’élément le plus probant de cette évaluation sera de savoir exactement ce que sont devenues les personnes qui sont sorties du groupe-cible. Si cette évaluation ne nous indique pas clairement que ce plan favorise le retour à l’emploi, nous ferons comprendre à ceux qui sont appelés à créer un futur gouvernement que les moyens qui y ont été dégagés doivent être affectés à une véritable politique de création d’emplois."

Le manque d’emplois, tel est le vrai problème… Un problème certes difficile à résoudre, mais qu’il est totalement injuste de ramener à une question de disponibilité ou de bonne volonté des chômeurs.

D.E.


"Le coup de massue final"


Depuis la mise en place du plan d’activation, des accompagnateurs syndicaux sont chargés d’informer les demandeurs d’emploi convoqués et de les assister dans leurs démarches d’insertion.

Philippe Duriz est un des trois accompagnateurs CSC actifs sur Charleroi. Depuis deux ans, son temps et celui de ses deux collègues se partage entre les séances d’information collectives organisées régulièrement dans 14 endroits différents de la fédération et l’aide individuelle des affiliés qui souhaitent un coup de pouce pour la réalisation des démarches que l’Onem leur impose.

En moyenne, environ 200 personnes font chaque mois appel à leurs services. La plupart de ceux qui demandent l’aide de leur syndicat sont évidemment les moins favorisés par la vie. Problèmes de logement, de mobilité, situations familiales difficiles, analphabétisme, difficultés d’obtenir des attestations de recherche d’emploi auprès des employeurs et des sociétés d’intérim,… tout cela complique la réalisation des "contrats" imposés par les facilitateurs.

"Quand la sanction de l’Onem tombe, pour beaucoup, c’est le coup de massue final" explique Philippe Duriz. Que deviennent alors ces chômeurs privés d’allocations durant 4 semaines ou plus? "Dans certaines communes, le CPAS accepte plus ou moins facilement de payer les factures de logement et de chauffage, plus 100 ou 200 euros par mois pour manger. Dans d’autres, le CPAS aide très peu. C’est le cas par exemple de certaines communes rurales où les gens sont, en plus, souvent sanctionnés car ils habitent loin de tout et les démarches coûtent cher."

Tous les accompagnateurs syndicaux le disent: certains facilitateurs de l’Onem sont plus compréhensifs que d’autres. Face à ce qu’ils ressentent comme de l’injustice, certains demandeurs d’emploi craquent: "Les plus jeunes de la première tranche étaient paniqués. La plupart n’osaient pas réagir. Aujourd’hui, c’est le tour des plus âgés. Ils s’échauffent plus vite, l’agressivité monte..."

Entraide

Le travail des accompagnateurs syndicaux a aussi ses succès: "Nos meilleures récompenses, c’est quand les affiliés qui ont fait appel à nous sortent de l’entretien avec une évaluation positive et plus encore, lorsqu’ils ont retrouvé un emploi, même s’il ne s’agit jamais que de petits contrats. Certains reprennent aussi goût à la formation; c’est le cas de plusieurs jeunes que nous avons poussé à passer le brevet VCA (certificat sécurité en entreprise). Cette formation de trois semaines leur a plu et ça leur a remis le pied à l’étrier" explique Philippe Duriz.

Depuis quelques semaines, les accompagnateurs syndicaux de la CSC-Charleroi-ESEM-Thuin ont aussi un motif de satisfaction supplémentaire: une quinzaine de jeunes "activés" se réunissent régulièrement dans leurs locaux pour échanger sur ce qu’ils vivent, s’entraider dans la recherche d’emploi, en particulier, et dans la vie, en général.

 

Lire également les détails de la procédure dans notre dossier activation.
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