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26.3.2010 Luc Cortebeeck: "La stratégie Europe 2020 doit préserver notre modèle social" | |
| Hier matin, une délégation syndicale composée de la Confédération européenne des syndicats et des dirigeants syndicaux de la Troïka actuelle ont pris part au Sommet social tripartite. Luc Cortebeeck, le président de la CSC, a pris la parole sur la stratégie Europe 2020, un ensemble d’objectifs axés sur l’innovation, l’emploi, l’enseignement, le climat et la pauvreté. En matière d’emploi, il a déploré l’absence de stratégie pour créer des emplois plus nombreux et de meilleure qualité. Il a également attiré l’attention sur le fait que notre modèle social ne peut avoir pour seul but de lutter contre la pauvreté.
Luc Cortebeeck: "Un point très important figure à l’agenda du premier Conseil formel présidé par Herman Van Rompuy: la stratégie Europe 2020, le successeur de stratégie de Lisbonne. Cette stratégie a été portée sur les fonds baptismaux il y a 10 ans. Elle ambitionnait de réaliser une série d’objectifs économiques, sociaux et écologiques d’ici à 2010. Une suite y est à présent donnée, sous la forme d’un éventail d’objectifs en matière d’innovation, d’emploi, d’enseignement, de climat et de pauvreté. Si ce programme n’est pas dénué d’attrait, il présente aussi des dangers.
On peut citer comme exemple la proposition européenne de porter à 75% le nombre de travailleurs actifs âgés de 20 à 64 ans. Cette proposition devrait nous réjouir, à condition d’ y associer une stratégie adéquate permettant de créer davantage d’emplois, des emplois de meilleure qualité et offrant des perspectives suffisantes pour les groupes à risques sur le marché du travail. Or, c’est précisément ce qui fait défaut. De ce fait, il ne subsiste qu’un activation plus stricte des non-actifs et plus seulement des chômeurs. Les malades et les invalides sont à présent aussi visés. Il est illusoire de croire que cette mesure permettra de créer davantage d’emplois et de garder les travailleurs âgés au travail.
Autre exemple: la proposition de réduire de 25% le nombre de personnes risquant de tomber dans la pauvreté en Europe. "Enfin!" devrait-on dire. Mais qu’en est-il des autres objectifs sociaux? Notre modèle social ne peut pas se limiter à lutter contre la pauvreté. La sécurité sociale doit permettre de préserver les citoyens de la pauvreté et garantir un certain niveau de pouvoir d’achat au travailleur moyen. Nous voulons faire plus que donner l’aumône! Une expression anglaise dit: "systems for the poor become poor systems". Autrement dit: des systèmes réservés aux pauvres deviennent en fin de compte de pauvres systèmes. L’Europe ne peut tomber dans ce piège. D’une part, on veut contraindre les pays à tout miser sur la croissance, l’emploi et le climat mais d’autre part, ils devraient se limiter à lutter contre la pauvreté. Cette approche risque de nuire aux autres aspects de la protection sociale et aux autres branches de la sécurité sociale. Notre système tout entier risque d’être dégradé, d’être ramené à un système d’assistance sociale. Il s’agit peut-être du choix de ceux qui veulent dérouler le tapis bleu pour les assurances et les services commerciaux mais ce n’est pas le nôtre. Je suis heureux que les pouvoirs publics belges partagent ma vision des choses. Espérons qu’ils arriveront à convaincre les autres Etats membres." | |
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