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21.9.2011

Pacte des générations: une évaluation honnête, pas des slogans!

"Framing"

Le Pacte des Générations doit être évalué d’ici octobre. Pour certains, cette évaluation n’est qu’une étape dans la nouvelle offensive contre les pensions, pour s’attaquer ensuite aux emplois de fin de carrière (emplois-passerelles à temps partiel pour les seniors) et, dans le même mouvement, à la pension anticipée.

Et donc le "framing" bat son plein (Wikipédia définit le framing comme étant "une technique de persuasion mettant en évidence certains aspects de la réalité décrite en sélectionnant certains mots et images. Ces aspects mis en exergue aident à propager une certaine lecture de la réalité décrite ou une opinion sur celle-ci"). La semaine dernière, un hebdomadaire flamand destiné aux entrepreneurs titrait encore de façon tendancieuse le "Fiasco d’une génération".

La FEB tient aujourd'hui un forum sur les 50+, en lien avec le Pacte des Générations. Il y a fort à parier que les intervenants utiliseront le même langage.

Le Président de la CSC, Luc Cortebeeck met les choses au point.

Cessons ces verbiages!

Pour la ixième fois: cessons ces verbiages qui affirment qu’aucun progrès significatif n’a été enregistré depuis le Pacte des Générations (fin 2005). Nous atteignons de loin l’objectif du Pacte des Générations: le taux d’activité des 55 à 64 ans devait augmenter d’une fois et demi par rapport à la moyenne de l’Europe des 15 (à savoir, les Etats membres de l’Union européenne avant le 1er mai 2004).

Le nombre d’actifs de 50 à 64 ans a sensiblement augmenté depuis 2005, pour passer à 217.000 travailleurs pour être tout à fait précis. Le nombre de prépensions et de pseudo-prépensions (Canada Dry) en deçà des 60 ans a été fortement revu à la baisse (le nombre de prépensions entre 50 à 60 a baissé, au cours du 2e trimestre 2011, de 24,3% par rapport au 3e trimestre de 2005). Le recours à des "jeunes" prépensions en cas de restructurations s’est fortement restreint. Un nombre toujours plus importants de chômeurs âgés et de prépensionnés doivent rester disponibles sur le marché de l’emploi, ce qui rend le système nettement moins attrayant. La crise financière n’a pas non plus entraîné de départs massifs de travailleurs âgés.

J’accepte que l’on affirme que nous sommes loin du compte, que notre taux d’activité chez les seniors est encore nettement en-deçà de la moyenne européenne, qu’il faut accélérer le processus. Mais ne me demandez pas d’accepter les mensonges selon lesquels rien n’a changé. Les travailleurs ont dû changer et ont voulu ce changement. J’ignore toutefois si ce principe s’applique de la même façon aux employeurs. C’est incontestablement de ce côté qu’il faut accélérer le processus.

Je n’ai pas l’intention de brandir à nouveau notre arsenal statistique sur l’allongement de la carrière. Sur ce plan, j’ai un autre type de "framing" dans le collimateur: le rétrécissement du Pacte des Générations à un pacte en faveur de l’allongement de la carrière. Le Pacte englobait une série d’objectifs précis. Une évaluation honnête se doit donc d’examiner aussi ce qu’il est advenu de l’ensemble de ces éléments. "Vérifions ce qu’il en est!"

Un Pacte pour toutes les générations

On oublie souvent que le Pacte des Générations entendait également s’attaquer à la problématique du  chômage des jeunes, en particulier celui des jeunes non qualifiés. Les jeunes ont été les premières victimes, les victimes les plus lourdement touchées par la crise financière. Mais à mesure que la relance économique absorbe ce chômage conjoncturel des jeunes, les problèmes structurels de 2005 remontent à nouveau à la surface: le problème aigu de l’accès au marché de l’emploi des jeunes qui quittent l’école sans qualification, le manque d’attention porté aux jeunes d’origine étrangère, la concentration du chômage des jeunes dans les grandes villes…

Le Pacte des Générations visait également à relancer le système de formation et de travail en alternance. De grosses sommes d’argent y ont été consacrées. Pour quel résultat? On peut difficilement affirmer que l’on rend justice à cette forme d’enseignement. Et l’on peut difficilement nier que l’on est passé de Charybde en Scylla en termes d’offre de formations qualitatives sur le lieu de travail pour les jeunes. L’augmentation du recours à la formule de travail et de formation en alternance au sein des pouvoirs publics et le développement de pré-trajets masquent le recul sensible de cette offre dans le secteur privé.

Des carrières plus longues et allégées?

Le Pacte des Générations visait également des améliorations qualitatives pour les carrières. En investissant davantage dans la formation, en instaurant un meilleur accompagnement de la carrière et en créant davantage d’emplois de fin de carrière. En offrant plus de possibilités de passer d’un travail lourd à un travail léger, en convertissant les primes de fin d’année en jours de congé. Car le fait de travailler plus longtemps n’est pas seulement une question de volonté mais surtout de possibilité. Dans quelle mesure y est-on parvenu?

On n’y est en tout cas pas parvenu pour la formation. Le Pacte des Générations prévoyait une augmentation de 5% des travailleurs en formation chaque année soit un  investissement supplémentaire de 0,1% de la masse salariale. De 2005 à 2009, cela aurait donc dû représenter 20% de travailleurs en plus en formation, soit 0,4% de la masse salariale en plus pour la formation. Ces 20% de plus ont en fait été ramenés à 0,1%. Et ces 0,4% de plus sont passés à 0,04%.

N’allez surtout pas croire que l’on a beaucoup progressé dans l’accompagnement de la carrière ou dans le passage d’un travail lourd à un travail léger. La conversion des primes de fin d’année en jours de congé a pris fin. Et il a fallu attendre fin 2010 pour que les primes promises soient versées aux travailleurs âgés qui ont subi une perte de salaire en raison de ce transfert d’un travail lourd à un travail plus léger. A ce jour, 11 personnes en tout et pour tout en ont bénéficié.

Seuls les emplois de fin de carrière ont rencontré un certain succès. Scandaleux, clament aujourd’hui les employeurs. Pourtant, c’était précisément l’un des objectifs du Pacte des Générations. Par ailleurs, ce système a été compensé par une sérieuse limitation du nombre de travailleurs en crédit-temps à temps plein.

Perspective pour les seniors

Le Pacte des Générations avait également pour objectif de mieux encadrer les restructurations, avec une participation obligatoire à des cellules de reclassement professionnel, renforcée ensuite par le plan de relance dans le cadre de la crise financière. Sur ce point, le Pacte n’a pas manqué ses effets. Si nous constatons que ce plan est manifestement efficace pour les moins de 50 ans, il offre toutefois trop peu de perspectives de reprise du travail pour les travailleurs âgés. Parce qu’ils n’aspirent qu’à la prépension, affirment d’aucuns. Comme si rien ne clochait dans les possibilités que les employeurs offrent aux seniors! C’est parce qu’ils sont trop chers, affirme-t-on. Pourtant, la majorité d’entre eux sont des ouvriers et pour eux, les augmentations liées à l’âge ou à l’expérience interviennent peu voire pas du tout.

Un rempart contre la pauvreté?

N’oublions pas non plus que le Pacte des Générations comportait un très joli chapitre sur la liaison au bien-être des allocations. Il a été parfaitement mis en oeuvre, même si cela nous a coûté du sang, de la sueur et des larmes. Pourtant, il nous faut bien reconnaître que nous sommes loin du but. Parce que la perte du pouvoir d’achat pour ceux qui ne sont pas actifs est encore trop importante. Et trop de non-actifs doivent encore vivre d’allocations minimales, loin en-deçà de la norme européenne en matière de pauvreté. Si le Pacte est évalué, nous souhaitons aussi qu’il le soit sur ce point.

Vous comprenez où je veux en venir. Cessons ces verbiages sur un Pacte qui coûte soi-disant plus qu’il ne rapporte. Cessons de ramener cette évaluation au seul allongement de la carrière. Commençons à reconnaître que les travailleurs ont largement rempli leur part du contrat. Et, Messieurs les employeurs, demandez-vous ce que vous pouvez faire pour vos travailleurs âgés et pour les seniors non actifs "out there".

Luc Cortebeeck, Président de la CSC
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