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26.1.2010 Entreprendre oui… et agir avec justice et respect! | |
| Les employeurs et certains économistes se sont servis de l’annonce de la fermeture d’Opel pour lancer une campagne agressive en faveur de la réduction du coût salarial:- VKW Metena: "le coût salarial horaire de l’industrie d’assemblage automobile est de 3 euros supérieur à celui de l’industrie allemande";
- Geert Noels: "les coûts salariaux horaires de l’industrie sont considérablement plus élevés qu’en Allemagne";
- FEB: "en Belgique, un ouvrier coûte 38 euros de l’heure, contre 35 euros chez nos voisins";
- Union des employeurs hier: "les coûts salariaux sont de 11% plus élevés que chez nos pays voisins".
Hier, l’appel lancé conjointement par les employeurs a encore renforcé ces revendications : pas de charges supplémentaires, réduction drastique des délais de préavis des employés, renforcement de l’activation des chômeurs et allongement de la carrière.
En d’autres termes: pour les employeurs, ce sont les travailleurs d’Opel qui ont cherché à être au chômage. Le problème de la hausse du chômage se résoudra de lui-même si nous relevons l’âge de la pension, si nous supprimons les régimes de fin de carrière, si (nous citons) nous "prenons les chômeurs au collet" ou "par la peau du cou" et si nous permettons la mise au chômage plus rapide des employés. Comme si ces différentes mesures allaient permettre de créer le moindre emploi supplémentaire.
Suite à toute cette violence médiatique de la part des employeurs et face à leur attitude injurieuse envers les travailleurs d’Opel et les chômeurs, la CSC entend mettre les points sur les i.
Elle appelle aussi tous les partenaires sociaux à un débat ouvert et honnête sur une nouvelle stratégie équilibrée pour la croissance, l’emploi, le développement durable et la protection sociale. Ce débat doit être fondé sur des analyses et des chiffres corrects et reposer sur une volonté commune de chercher des solutions. Les reproches incessants ne font pas évoluer la situation.
ARGUMENTAIRE EN 6 POINTS: LES POINTS SUR LES i !
1. Les comparaisons de coût salarial avancées ne tiennent pas debout. Les chiffres de la VKW remontent à 2007 et ne tiennent donc pas compte des importantes réductions de charges de 2008-2010. En outre, ces chiffres sont contestés même pour l’année 2007, non seulement sur la base de comparaisons internationales, mais aussi par Agoria elle-même. Selon le Bureau américain des statistiques du travail, le coût horaire d’un travailleur de la production automobile allemande était, en 2007, de 25,2% (10,53 dollars américains) supérieur à celui en Belgique. Pour 2007, Agoria arrive à un surcoût de 7,6% en Allemagne (2,58 euros). En 2008, cet écart a atteint 8,1% (voire 8,9%, soit 3,02 euros de plus, lorsqu’Agoria n’inclut pas Volvo dans son calcul). Il convient en outre de tenir compte de la réduction supplémentaire introduite le 01/06/2009 pour le travail en équipe et de la correction fiscale générale aujourd’hui de 1% sur les salaires bruts. Avec ces deux corrections, l’industrie automobile allemande s’avère actuellement 11,5 %, soit 3,82 euros, plus chère sur une base horaire. N’oublions pas non plus que, selon Agoria, un jour de chômage temporaire en Belgique ne coûte à l’employeur que la moitié de ce qu’il coûte en Allemagne.
La CSC rappelle aux employeurs sa proposition antérieure de ne pas étendre trop largement et de façon inefficace la réduction de charges pour le travail en équipe, mais de se concentrer sur les secteurs dans lesquels le surcoût du travail en équipe est le plus important. Cette option, qui aurait pu générer une avance encore plus confortable pour l’industrie et, en particulier, pour l’industrie automobile, avait alors été rejetée par les employeurs.
2. En ce qui concerne l’économie globale, nous rappelons les constats mentionnés dans le dernier rapport technique du Conseil central de l’Economie, qui a d’ailleurs été en partie préparé par les employeurs. Le handicap du coût salarial belge a diminué, passant de 4,1% à 3,3% en comparaison avec le rapport de 2008. Ce chiffre ne tient pas compte des corrections fiscales du coût salarial. Si celles-ci sont prises en considération, le handicap global du coût salarial est ramené à 1,65%.
3. Les employeurs affirment qu’il ne faut pas uniquement s’intéresser à l’évolution du coût salarial mais aussi à son niveau. Cette optique ne figurait en tout cas pas dans l’accord de 1996. Par ailleurs, il faut également tenir compte des différences de productivité. Selon les données récentes du Conference Board, notre productivité horaire est supérieure de 6,6% à celle des pays voisins, et même de 9,6% supérieure à celle de l’Allemagne. Nous nous situons ainsi en troisième position à l’échelle mondiale. Si nous nous référons aux indicateurs européens de Lisbonne, il s’avère que notre productivité par travailleur est supérieure de 18,9% à celle de l’Allemagne et de 14,9% à la moyenne des pays voisins. Contre-argument classique des employeurs: à cause du coût salarial élevé, les entreprises n’ont pas d’autres alternatives que d’opérer des coupes sombres dans les emplois et d’accroître la productivité. C’est l’histoire de la poule et de l'oeuf. On peut tout autant affirmer que la productivité élevée a permis les augmentations salariales. Quoi qu’il en soit, les employeurs ne trouvent aucun soutien dans le rapport du CCE: depuis 1996, notre emploi (en nombre d’heures) a augmenté deux fois plus que dans les pays voisins (10,4% contre 4,5%).
4. Les employeurs continuent de solliciter des allégements de charges supplémentaires et reprochent au gouvernement (et aux syndicats) de refuser de voir leurs problèmes. Ils oublient de dire ce qu’ils ont perçu dans l’intervalle: 4.759 millions de réductions ONSS, 208 millions en activation d’allocations, 2.070 millions en subventions fiscales pour le coût salarial et, cerise sur le gâteau, la déduction des intérêts notionnels dont le coût a grimpé jusqu’à 4.000 millions d’euros. En d’autres termes, les pouvoirs publics ont déjà transféré 11 milliards (11.037 millions) vers les entreprises, soit 6 milliards (5.954 millions) de plus qu’en 2006, plus qu’un doublement en quatre années. Et ce, parallèlement à la modération continue des augmentations salariales dans les secteurs et les entreprises. Sans oublier les subventions régionales et la baisse de la TVA pour le secteur de l’horeca.
5. La CSC dispose depuis plus d’un an d’une proposition concrète pour le débat ouvriers-employés. Pendant ce temps, les employeurs ont refusé de mettre leurs cartes sur la table. Nous savons désormais pourquoi. Manifestement, ils n’ont de mandat que pour détricoter la protection des employés contre le licenciement et l’amener au niveau de celle des ouvriers (voire à un niveau inférieur dans une série de secteurs) et pour reporter largement le coût du licenciement sur les pouvoirs publics (déjà indigents) et la sécurité sociale, par le biais de primes nettes. Ce n’est pas une base de discussion correcte pour parvenir à un meilleur statut commun pour les ouvriers et les employés. D’autant que la seule réponse des employeurs à la croissance du chômage n’est pas de créer des emplois mais d’accélérer les licenciements des travailleurs et de faire la chasse aux chômeurs et aux travailleurs âgés, sans un accompagnement adéquat et trop souvent sans perspective.
6. Les employeurs ne cessent de mettre en cause l’âge de la retraite et de plaider pour un pacte de solidarité entre les générations bis. Pourtant, le nombre de chômeurs radiés a considérablement diminué depuis le Pacte de solidarité. Le nombre de prépensionnés de moins de 60 ans a sensiblement diminué (-19,5%), le nombre de prépensionnés de moins de 55 ans a même été réduit de moitié (-55,3%). La CSC rappelle aux employeurs le calendrier fixé: l’évaluation du Pacte de solidarité entre les générations se fera à partir de 2011, en même temps que l’évaluation des efforts consentis par les employeurs en vue de donner des opportunités aux chômeurs âgés et de permettre aux travailleurs âgés de rester plus longtemps au travail.
Les employeurs répètent à satiété leur nouveau credo: les entreprises sont trop souvent considérées comme le problème, alors que les entreprises sont (en partie) la solution. C’est aussi ce que pense la CSC, mais si les employeurs veulent être la solution, alors qu’ils:- cessent de se voiler la face quant aux problèmes qu’ils ont créés par le passé et créent encore aujourd’hui: les dérapages du secteur financier, l’inconvenance de la politique de rémunération des administrateurs et des hauts dirigeants d’entreprise, le lobbying pour la dérégulation qui nous a plongés dans cette crise sans précédent, les assainissements aveugles sans responsabilité économique suffisante…;
- ne reportent pas seulement la responsabilité de la solution sur les épaules des pouvoirs publics et des syndicats, des travailleurs et des chômeurs, mais qu’ils réfléchissent aussi aux solutions qu’ils peuvent eux-mêmes apporter: pour accroître l’emploi, investir dans l’innovation, respecter les accords en matière de formation des groupes à risques et pour leur intégration;
- sortent des tranchées, pour une concertation constructive avec les pouvoirs publics et les partenaires sociaux sur les défis actuels et futurs, en se fixant comme première priorité d’éviter les licenciements et de créer des emplois. L’innovation et l’économie verte constituent ici des leviers importants. Les employeurs en sont conscients. C’est d’ailleurs le seul point positif qui émane de leur récente communication.
La CSC appelle tous les partenaires sociaux à un débat ouvert et honnête sur une nouvelle stratégie équilibrée pour la croissance, l’emploi, le développement durable et la protection sociale. Ce débat doit être fondé sur des analyses et des chiffres corrects et reposer sur une volonté commune de chercher des solutions. Les reproches incessants ne font pas évoluer la situation. | |
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