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28.4.2010 Appel à la raison! | |
| Communication de la CSC, du Moc et de la Mutualité chrétienne.
Les dernières évolutions de la politique fédérale de notre pays nous amènent à exprimer publiquement notre colère et notre déception, et surtout à lancer un appel à la raison.
Notre intention n'est pas de nous prononcer sur le fond du dossier BHV: il s'agit certes d'une question très concrète pour un certain nombre de personnes, mais, pour la majorité de la population, c'est surtout un problème de nature essentiellement symbolique, où se mêlent notions juridiques et considérations politiques, et qui reste à la fois peu compréhensible et très éloigné de leurs préoccupations quotidiennes.
Notre volonté n'est pas non plus de désigner des fautifs dans la situation actuelle: nous avons plutôt tendance à considérer que des torts se trouvent aussi bien au nord qu'au sud du pays, et que, même si certains, des deux côtés de la frontière linguistique, sont incontestablement moins volontaristes que d'autres dans la recherche de solutions, les causes de la rupture du dialogue sont variées et la responsabilité est collective.
Mais, devant un tel gâchis, nous ne pouvons nous résigner à nous taire car l'absence de gouvernement et le recours à des élections anticipées auront des effets dramatiques sur le quotidien de nos concitoyens.
De très nombreux travailleurs, inquiets pour leur avenir, attendent avec anxiété la suite qui doit être donnée aux mesures anticrise décidées par le Gouvernement et qui prennent fin le 30 juin 2010. Les ménages en difficultés, les sans emploi et les pensionnés, les travailleurs et travailleuses aux revenus trop faibles, espèrent toujours que des décisions soient prises en vue de les aider à sortir de la précarité dans laquelle la crise les a plongés. Les personnes exclues du droit au logement, aux soins de santé, à un revenu décent, se sentent de plus en plus à l'écart de la société, et ne croient plus vraiment à la possibilité pour elles de reprendre pied.
Ces travailleuses et ces travailleurs, ces familles, ces allocataires sociaux, vivent en Wallonie, en Flandre et à Bruxelles. Et aucun d'entre eux ne pourra jamais comprendre que le règlement d'un conflit linguistique compte plus que la réponse à apporter à leurs problèmes quotidiens.
Ce genre de situation illustre le fossé qui se creuse entre la classe politique, occupée à se chamailler sur des questions qui n'en valent pas la peine ou qui devraient pour le moins passer au second plan des préoccupations, et les citoyens, qui se sentent abandonnés à leur situation.
Nous comptons sur la conscience de la réalité de vie de nos concitoyens qu’ont nos responsables politiques et nous attendons d'eux qu'ils fassent tout ce qu'ils peuvent pour répondre aux difficultés des gens.
Malheureusement, cet effort collectif est de plus en plus mis à mal par la dérive marchande de la fonction politique. Aujourd'hui, la raison fait place à l'émotion, le superficiel l'emporte sur l'essentiel, la conquête des parts de marché électoral se substitue à la recherche du bien commun, la compétition empêche toute coopération. Cette marchandisation de la fonction politique rend impossible les indispensables consensus politiques basés sur une capacité à prendre de la hauteur et à avoir une vision large et à long terme. Cela conduit à des évolutions qui discréditent la fonction politique: des responsables politiques se comportent comme des "business men" dont le profit (pour eux-mêmes ou pour leur parti, en termes de reconnaissance et de pouvoir d'influence) est la motivation première, le rapport avec le citoyen électeur devient essentiellement de la communication médiatique, et le souci d'"exister médiatiquement", de réagir, d'intervenir, de faire un bon mot, empêche de prendre le temps nécessaire pour la réflexion, l'écoute, l'échange et le débat qui doit permettre la compréhension et le compromis.
La société civile organisée de notre pays apporte pourtant la démonstration que la Belgique a du sens et de l'avenir. Les partenaires sociaux se montrent capables de maintenir le dialogue et la concertation, alors que le contexte économique belge et international le rend plus difficile que jamais. Les mutualités et les autres acteurs de la santé sont parvenus, durant la période troublée des négociations de l'"Orange bleue", à conclure un accord médico-mutuelliste. Et de nombreuses associations et mouvements citoyens se rencontrent, par-delà la frontière linguistique, pour échanger et unir leurs forces, par exemple dans le cadre du Réseau belge de lutte contre la pauvreté.
Nous souhaitons dépasser la colère et la déception, et nous lançons aux responsables politiques un appel à la raison: le 1er juillet, notre pays va présider l'Union Européenne, et il doit jouer un rôle capital pour répondre à des enjeux essentiels: la régulation du système financier, le climat et l'environnement, le plein emploi, la lutte contre la pauvreté. Il doit être possible de conclure un accord pour régler la question posée par l'arrondissement de BHV, et il est vital que notre pays continue à être gouverné, afin de répondre aux difficultés rencontrées par la population. Les responsables politiques doivent se ressaisir. Sinon, la voie est ouverte pour le rejet de la politique et pour les aventures populistes et extrémistes, et en définitive antidémocratiques.
Claude ROLIN, secrétaire général de la CSC
Jean HERMESSE, secrétaire général de l'ANMC
Thierry JACQUES, président du Moc | |
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