|
21.6.2010 Malhonnêteté intellectuelle de la FEB concernant le crédit-temps et la prépension | |
| Apparemment, seuls les employeurs ont le droit de décider d’alléger le régime de travail des collaborateurs plus âgés en recourant aux mesures anti-crise, au chômage temporaire, aux restructurations, aux licenciements collectifs,…
Lorsque des travailleurs âgés font eux-mêmes le choix de travailler moins pour des raisons de santé, de charge de travail, de stress… les employeurs protestent à grands cris. A cause de la charge de travail et de la flexibilité croissantes, les travailleurs ne voient bien souvent aucune autre façon de tenir le coup. Les employeurs oublient trop facilement qu’ils ont pour responsabilité d’offrir des emplois de qualité.
La CSC n’est pas d’accord avec l’analyse réalisée par la FEB, qui dénote en outre une grande malhonnêteté intellectuelle et qui renie les accords déjà conclus.
Aujourd’hui, la FEB prétend que le crédit-temps n’était destiné qu’aux jeunes travailleurs et que les travailleurs plus âgés s’en servent illégitimement comme première étape avant la prépension. La FEB laisse donc entendre que les travailleurs tirent le meilleur parti des deux systèmes. Elle souhaite en supprimer un des deux ou, au moins, rompre le lien qui les unit.
Tout d’abord, le crédit-temps ne s’adresse pas uniquement aux jeunes ménages. Cette mesure a d’emblée été introduite pour tous les travailleurs qui souhaitent mieux concilier vie privée et vie professionnelle. L’accord interprofessionnel 2001-2002 prévoit cette possibilité pour tous les travailleurs. La CCT 77 relative au crédit-temps, qui a été signée entre autres par la FEB en 2001, stipule même explicitement que les travailleurs de plus de 50 ans constituent un groupe-cible. Il est dès lors intellectuellement malhonnête de venir présenter les choses différemment.
En outre, il a été convenu littéralement dans le Pacte de solidarité entre les générations que "les travailleurs de plus de 55 ans doivent avoir facilement accès au crédit-temps", précisément parce que celui-ci complique l’accès à la prépension pour beaucoup de travailleurs. Il est dès lors intellectuellement malhonnête de passer outre cet accord.
Le Pacte de solidarité entre les générations a, de plus, renforcé l’accès à la prépension. A partir de 2012, les hommes devront compter 38 ans de service, une règle qui sera étendue aux femmes dès 2015. Par conséquent, nombreux sont ceux qui devront travailler jusqu’à minimum 60 ans, 61 ans… pour avoir droit à la prépension. N’oublions pas non plus que la prépension n’est possible que pour une petite minorité de travailleurs. En effet, personne n’a droit au crédit-temps dans les PME qui occupent moins de 10 travailleurs et, la plupart du temps, la prépension n’existe pas dans ce genre d’entreprises. Il est dès lors intellectuellement malhonnête de taire ces faits.
Pour la CSC, l’attitude des employeurs est incompréhensible et irresponsable. Les déclarations de la FEB s’inscrivent en porte-à-faux avec de nombreux accords de restructuration signés par des fédérations patronales sectorielles. Ces accords de crise ont bien souvent un goût amer pour les travailleurs, qui ressentent lourdement les effets de la crise en termes de sécurité d’emploi et de revenu.
L’objectif des employeurs est-il de profiter du vide politique pour encourager les négociateurs du gouvernement à mener une politique anti-sociale? Telle est en tout cas l’impression qu’a la CSC suite aux attaques répétées concernant le temps de travail (retour à la semaine de 40 heures mais seulement avec paiement net), l’index (répartir les adaptations de l’index sur une période plus longue) et, aujourd’hui, le crédit-temps.
A l’heure actuelle, la mission première du gouvernement et des partenaires sociaux doit être de créer de l’emploi pour les jeunes et les chômeurs. Il sera toutefois impossible de le faire en maintenant les seniors plus longtemps au travail à temps plein, en réintroduisant la semaine de 40 heures…
La CSC n’accepte pas les déclarations des employeurs, ni en tant que syndicat qui défend les travailleurs, ni en tant que partenaire social co-responsable de la concertation, de la conclusion d’accords et du respect des dispositions convenues.
Les employeurs qui pensent pouvoir créer une bonne ambiance pour la concertation d’automne avec ce genre d’attaques répétées seront rapidement confrontés aux conséquences de leurs propres déclarations. Ces propos peuvent sembler menaçants, mais ils dénotent, eux, une grande honnêteté intellectuelle.
Plus d’infos: Marc Becker, secrétaire national, 02.246.35.11 | |
|