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28.4.2010

Appel commun de la CSC, du Moc et de l’ACW de Bruxelles: un enseignement de qualité pour tou-te-s à Bruxelles, c’est pour quand?

La Région bruxelloise, capitale de l’Europe, de la Belgique, de la Communauté française et de la Communauté flamande mériterait d’être un exemple de réussite du vivre ensemble au XXIe siècle, et faire de la diversité des  langues, des origines et des situations sociales un atout.

L’école constitue le passage par excellence pour faire réussir un tel objectif: permettre aux enfants de toute origine d’apprendre à se connaître dès le plus jeune âge, n’est-ce pas la voie royale pour faire tomber les préjugés de toute sorte? Permettre à chacun d’acquérir une bonne formation, en particulier linguistique, n’est-ce pas une des conditions centrales pour exercer le métier de son choix ou au moins, avoir accès aux nombreux emplois que cette "petite ville globalisée" offre? Découvrir le plaisir d’apprendre, n’est-ce pas la meilleure manière d’accéder au désir d’exercer une citoyenneté constructive mais aussi critique?

Puisqu’il faudra construire de nouvelles écoles, n’est-il pas temps que les réseaux de la Communauté française et de la Communauté flamande innovent sur le terrain bruxellois, plutôt que de s’ignorer? La qualité des écoles européennes, réservées à une très petite élite (2% de la population scolaire à Bruxelles) pourrait-elle figurer l’avenir pour tous les enfants dans cette petite ville globalisée qu’est Bruxelles?

Ces lignes apparaissent celles de doux rêveurs tant la situation actuelle est éloignée de la réalité présente et est à contre-tendance: l’enseignement est en effet dans une situation particulièrement critique en Région bruxelloise: les termes de ségrégations sociales ne sont hélas pas de l’ordre de l’exagération, la concurrence entre écoles y étant  plus virulente qu’ailleurs; l’accès à un enseignement de base ne se voit même plus garanti; la moitié des jeunes professeurs abandonnent la profession au début de leur carrière tant dans l’enseignement francophone que néerlandophone.

Talonnées par les comparaisons internationales qui ont stigmatisé les trop grandes inégalités scolaires, les deux communautés ont adopté récemment des mesures courageuses pour tenter d’infléchir les tendances qui, sans êtres propres à Bruxelles, y sont clairement exacerbées. Ces mesures, hélas trop timides, ont en outre à affronter la persistance de mentalités qui évoquent le réflexe "nimby": la mixité, oui, mais pas pour mes enfants, ou  pas dans ma classe ou pas dans mon école. Ces réactions traduisent sans doute aussi une sourde inquiétude face à l’avenir.

Se refusant à toute résignation pas plus que ne souscrivant à la mise au pilori démagogique des responsables politiques, les signataires du présent manifeste appellent à un sursaut de tous ceux et celles qui, à travers leur responsabilité propre, détiennent un élément de solution plus ou moins important: les institutions  communautaires, régionales, mais aussi les responsables des différents réseaux de l’enseignement, les directions d’écoles, les enseignants et leurs organisations représentatives et associatives, les parents et leurs organisations, les jeunes eux-mêmes et leurs organisations.

Pour inverser les tendances actuelles, il faut d’abord se convaincre qu’il n’y a pas de fatalité, et que lutter contre les inégalités et en faveur de la qualité de l’enseignement peuvent aller de pair. La Finlande est devenue un modèle sur ces deux éléments parce qu’elle s’est ressaisie après avoir touché le fond. Il est moins deux, mais il n’est pas trop tard pour réagir fermement maintenant.

Notre principe de base: tous les enfants ont droit à un enseignement de qualité, quelle que soit la langue parlée par leurs parents. Dans notre capitale, où plus d’un enfant sur deux à naître vient de parents aux origines multiples, aucune des deux grandes communautés du pays ne peut se soustraire à cette tâche.

Nos propositions: un "Plan Marshall" pour l’école à Bruxelles.

Si la Région bruxelloise veut s’attaquer plus résolument à une des causes du chômage (le manque de qualifications), elle ne peut se contenter de faire de la formation professionnelle une priorité isolée. Réparer les dégâts provoqués par des échecs scolaires successifs est une tâche difficile et surtout, il s’agit d’un puits sans fond. Aussi, elle se doit de prendre des initiatives fermes et dans la continuité vis-à-vis de tous les pouvoirs concernés par l’éducation pour réaliser avec eux et tous  les acteurs de l’enseignement un véritable "Plan Marshall" pour l’école à Bruxelles. Sans avoir la prétention de couvrir l’ensemble des possibles, nous proposons les ingrédients de base suivants:

1. Amplifier les dispositifs existants mis au point par la Communauté française: D+, décret inscription (étendre à l’enseignement fondamental pour favoriser la mixité sociale dès le plus jeune âge), bassin scolaire, encadrement différentié. Affiner les dispositifs mis au point par la Communauté flamande, tel le "gelijke onderwijkansen decreet" (GOK). En effet, à elles seules, sans mesures d’accompagnement , sans investissement massif et soutenu dans les écoles en difficulté, nous craignons que les effets de ces dispositifs seront insuffisants. Par ailleurs, une évaluation des résultats des dispositifs adoptés récemment en Communauté française devra se faire de manière subtile et sur une période de temps pertinente, afin déviter de jeter le bébé avec l’eau du bain. Ces dispositifs ne sont pas miraculeux; ils requièrent des acteurs qui auront à les mettre en œuvre (des directions d’écoles aux parent!) d’accepter une fameuse remise en question des habitudes, des préjugés etc. Cela prend du temps, mais cela se stimule aussi. Nous saluons au passage la manière dont la Communauté flamande associe tous les acteurs au processus d’évaluation au sein des "lokale overlegplatformen" (LOPs).

2. Accorder la priorité à l’accueil de la petite enfance, à l’enseignement maternel et primaire: c’est d’abord le meilleur investissement public contre la pauvreté. C’est aussi la meilleure voie pour faire face aux difficultés d’éducation perceptibles dans l’enseignement secondaire, lorsque des bases solides ont manqué. Il faudra aussi encourager les familles en difficulté à envoyer leurs enfants à l’école maternelle et dans les écoles de devoirs, ou autres dispositifs d’accueil. Enfin, le dispositif de "schoolopbouwwerk" qui favorise les contacts entre l’école, les parents et le quartier pourrait être mis en relation avec les initiatives adoptées dans les projets de cohésion sociale en Communauté française. La VGC a eu en outre la bonne idée de regrouper cela avec un dispositif de stimulation de la langue (taalvaart, bits2), dans les "onderwijscentrum".

3. Accorder une très grande attention au bon apprentissage de la langue d’enseignement et développer progressivement le bilinguisme: classes passerelles non seulement pour les primo-arrivants, mais aussi pour tous les enfants qui ne maîtrisent pas la langue d’enseignement.

4. Face à la pénurie d’enseignants, notamment d’instituteurs et d’institutrices, refuser la solution de facilité qui consiste à embaucher du personnel qui ne dispose pas des titres requis (les puéricultrices remplacent les institutrices maternelles, lesquelles remplacent les institutrices primaires, etc.). Au contraire, tout mettre en oeuvre pour inverser la tendance:
  • Reconnaître quelles écoles sont le plus affectées par les pénuries: d’abord, les écoles des quartiers populaires! Ce phénomène s’observe aussi à Anvers, Charleroi, Liège…
  • Attirer les meilleurs instituteurs et les talents dans les écoles dites difficiles: il faut y envoyer les plus expérimentés, les plus ouverts, les plus créatifs et non les plus jeunes, qui attendent de se faire muter ailleurs, ou abandonnent l’enseignement à tout jamais devant la difficulté de la tâche.
  • Attirer des hommes dans la profession, ce qui est d’autant plus important dans une ville où beaucoup d’enfants sont élevés par des mères seules.
  • Soutenir les jeunes enseignants et les valoriser davantage, au travers éventuellement de dispositifs inspirés de l’accompagnement sur mesure créé en Communauté flamande, et qui fait ses preuves depuis 5 ans.
  • Revoir fondamentalement la formation des instituteurs: à l’instar du Japon et de la Finlande, ceux-ci doivent bénéficier d’une formation d’au moins 4 ans et de niveau universitaire.
5. Créer un observatoire du système scolaire en région bruxelloise, lequel intègre aussi les défis démographiques. Il s’agit non seulement  d’améliorer la connaissance statistique, mais aussi d’amplifier les recherches de terrain. On ne s’intéresse en effet pas suffisamment aux écoles ou aux enseignants qui  développent des pédagogies qui marchent, telles la pédagogie de la coopération.

6. Développer des accords de coopération entre réseaux de la communauté française et flamande:
  • Lever les obstacles techniques qui sont un frein aux échanges d’enseignants de la Communauté française et flamande.
  • Organiser de manière concertée la gestion des nouvelles infrastructures scolaires à devoir construire, en veillant à respecter la demande des parents d’avoir accès aux réseaux d’enseignement des deux Communautés.
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