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23.6.2010 La CSC appelle les employeurs à la concertation plutôt qu’à la provocation à répétition | |
| Au cours de ces dernières semaines, les employeurs s’en sont pris au temps de travail, à l’index, aux prépensions, aux emplois de fin de carrière et aux primes d’encouragement de la Région flamande. Hier, c’était au tour du crédit-temps. Aujourd’hui, ils se lancent dans un plaidoyer pour une modération salariale énergique.
Selon la FEB, l’élimination complète du handicap salarial, qu’elle chiffre maintenant à 3,5%, permettrait de créer de 60.000 à 73.000 emplois.
La CSC oppose une autre vision des choses.
1. Il ressort des chiffres présentés par la FEB que le handicap salarial serait réduit à 3% en 2010 (et plus 3,5%). En outre, ce chiffre de 3% fait abstraction des subventions fiscales du coût salarial. Lorsque nous tenons compte de ces subventions, le handicap salarial n’est plus que de 1,35% en 2010.
2. Dans ces conditions, l’élimination complète du handicap salarial permettrait de créer de 23.000 à 27.000 emplois et certainement pas les 60.000 à 73.000 emplois évoqués par la FEB.
3. Les chiffres cités par la FEB ne sont rien d’autre qu’une addition de micro-effets d’une modération salariale pratiquée dans les entreprises, alors que la pratique habituelle consiste à calculer les effets pour l’emploi sur la base d’un modèle macroéconomique, comme le fait le Bureau du Plan. Pareil exercice donnerait des résultats radicalement différents, puisqu’un modèle macroéconomique tient compte d’une réduction de la consommation des ménages, induite par une baisse des salaires.
4. Il va de soi qu’une modération salariale est créatrice d’emplois. Des emplois moins coûteux permettent de produire à moindres frais et de réduire le coût des exportations, pour autant, bien entendu, que d’autres pays ne se lancent pas, eux aussi, dans une politique de modération.
La politique menée en Allemagne depuis plus de 10 ans nous renseigne sur les effets d’une modération salariale soutenue. Ce pays est devenu le champion des exportations, avec un surplus d’environ 8% sur sa balance commerciale. Cependant, la consommation domestique s’est affaiblie parce que les salaires allemands sont bas. La création d’emplois s’est arrêtée. Entre 1998 et 2008, le taux de croissance de l’emploi était deux fois plus élevé en Belgique qu’en Allemagne. Mais les autres pays se sont retrouvés au pied du mur face à l’augmentation de la compétitivité allemande. Eux aussi sont mis sous pression pour réduire leurs coûts salariaux. La FEB veut apparemment s’engager dans cette spirale négative.
5. Comment la FEB s’imagine-t-elle d’ailleurs pouvoir réaliser cette modération salariale ? Par une remise en cause de l’indexation, ce qui appauvrirait la population ? Il se peut que la FEB espère plutôt obtenir des pouvoirs publics des réductions de charges supplémentaires. Manifestement, les syndicats sont les seuls à comprendre notre situation budgétaire douloureuse, qui ne laisse guère de marges pour des réductions de charges linéaires et inefficaces.
6. La FEB passe complètement sous silence le problème fondamental de la compétitivité. La détérioration de la position de la Belgique à l’exportation depuis 10 ans s’explique plus par la gamme de produits dans laquelle notre industrie est spécialisée que par le coût salarial. Selon une étude du Bureau du Plan qui affirme par ailleurs que les augmentations salariales sont restées très modérées durant cette période, nous sommes trop focalisés sur les marchés d’exportation européens traditionnels, plutôt que sur les nouveaux marchés émergents.
Ce diagnostic sur la structure de nos exportations est connu depuis plus de 20 ans sans que rien ne change. Nous devons donc plutôt miser sur la recherche et le développement, l’innovation et la formation des travailleurs. Copier la modération salariale allemande aura des effets particulièrement dommageables pour la consommation en Belgique et dans toute l’Europe.
Le débat sur l’évolution des salaires aura lieu entre partenaires sociaux à la rentrée au Conseil Central de l’Economie (CCE), comme le prévoit la Loi de 1996 sur le maintien de la compétitivité. Le CCE présentera un rapport technique sur cette question pour le 1er novembre. Il est permis de se demander pourquoi la FEB sort son rapport maintenant. Elle démontre en tout cas qu’elle ne croit plus au bon fonctionnement du CCE.
La FEB appelle les partenaires sociaux à "résorber le handicap salarial de façon constructive et à chercher des solutions sans tabous". Cette déclaration offre un contraste saisissant avec l’appel lancé au monde politique pour qu’il "inscrive clairement dans l’accord gouvernemental" la réduction du handicap salarial. La CSC négociera en partenaire social responsable, comme elle l’a toujours fait. Dans le cadre de la Loi de 1996, les négociations salariales, tant au niveau interprofessionnel qu’au niveau des secteurs, sont clairement du ressort des partenaires sociaux. Afin de ne pas rendre impossible les prochaines négociations salariales, la CSC demande au monde politique de tenir compte de ce cadre et de s’abstenir d’inscrire des mesures supplémentaires dans l’accord gouvernemental.
La CSC regrette la démarche actuelle de la FEB. Elle appelle les employeurs à continuer de s’engager dans la voie de la concertation au lieu de se livrer à une succession de provocations dans les médias.
Plus d’infos: Marc Leemans, secrétaire national, 02.246.35.10. | |
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